Cameroun : rentrée scolaire 2020/2021 coûte plus cher

Selon les prévisions des économistes, la pandémie impose l’entrée de nouveaux gadgets.

«L’année scolaire 2020/ 2021 sera caractérisée par un changement profond dans notre système éducatif». En le déclarant à Yaoundé le 23 septembre dernier, Pauline Nalova Lyonga choisi l’évitement comme stratégie de sa communication en direction de la communauté éducative nationale. Tout au plus, l’on apprend de la ministre des Enseignements secondaires (Minesec) que «la survenue de la Covid-19 est venue bousculer les habitudes». Et de poursuivre : «Il est donc plus que jamais impérieux que les pratiques en matière d’enseignement puissent également s’inscrire dans l’ère du temps».

Situation
Entré dans ses grimoires après cette sortie ministérielle, Benjamin Fotso aborde le sujet autrement. D’après les prévisions de l’économiste, la rentrée au collège ou au lycée coûtera plus cher que l’an dernier au Cameroun. Pour cet universitaire, «du fait de la crise du coronavirus, de nouvelles préconisations d’achat vont allonger considérablement le volume des fournitures». Les raisons en sont multiples et découlent, en grande partie, de l’année chaotique qui vient de s’écouler. «Les cours à distance reconduits par le gouvernement auront forcément une incidence sur le coût du cartable. Les autres années, l’évolution suivait tranquillement l’inflation, oscillant entre 0 et 1%.

Mais la crise sanitaire et sociale va faire gonfler la facture. La liste des fournitures est plus étoffée car les enseignants vont l’exiger pour dispenser certains cours à distance», appuie Benjamin Fotso. D’après ses calculs, au milieu de l’année 2019/2020, la crise sanitaire a révélé des situations compliquées avec des surplus d’investissement de l’ordre de 10%. «Le numérique doit entrer dans l’équipement de chaque enfant ; Et de ce fait, la hausse des frais de rentrée devrait cette année atteindre une importante proportion en prenant en compte le prix minimum d’équipement numérique (ordinateur, tablette, connexion internet, imprimante) d’une part, masques et gels hydroalcooliques d’autre part. Cela représente un coût important alors que, pour le moment, nous n’avons pas de propositions permettant de dire que l’État a envie de prendre en compte ce coût supplémentaire», alerte Cécile Mbiatcha du Cercle d’études économiques du Cameroun.

Public-privé…
Dans un contexte où le mythe de la gratuité de l’école a vieilli faisant l’affaire de l’école chère payée, Laurent Nkoudou Mbia, économiste de l’éducation, montre que la Covid-19 va abolir la rivalité public-privé. «Selon mes enquêtes, dit-il, les lycées et autres établissements primaires publics ont aujourd’hui tendance à vouloir reproduire les schémas qui font le succès du secteur privé, à savoir imposer aux familles une scolarité «sur mesure» avec de nouveaux gadgets respectueux de la distanciation sociale».

Dans le fond, à cause du coronavirus, la rentrée scolaire 2020/2021 rime avec reprise en main musclée des mesures barrières. «Dans cette perspective, le coût du cartable d’un enfant du CM2 ou de la classe de 3e ne pourra pas être réductible à une simple décision des familles. C’est le contexte sanitaire qui devra faire imposer sa loi avec des contraintes financières bien plus importantes. Au lycée comme au collège, en mode externat ou internat, il n’y a pas à envisager une rentrée à moindre coût», avise Laurent Nkoudou Mbia.

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