Relance économique post-Covid : Le secteur privé au cœur du schéma communautaire

Le plan quinquennal (2021-2025) de reprise des activités économiques que propose la Cemac ambitionne d’offrir aux opérateurs économiques des volants de financement et un environnement incitatif pour l’épanouissement.

Avec le coronavirus, il est une certitude, les perspectives de croissance, d’investissement et de création d’emplois se sont assombries sur une période aussi indéterminée qu’est la durée de la pandémie mondiale, de la crise sanitaire et des incidences.

Les autorités communautaires de la Cemac ont fait le choix d’un choc de relance porté par les créateurs de richesses et d’emplois. Le plan sous régional prévoit la transformation de la sous-région en un havre de quiétude pour le secteur privé. Ceci passe par la stimulation de l’investissement, la réforme structurelle de l’environnement des affaires et la création d’un cadre macroéconomique accommodant pour les États. Il est orienté vers les différents chocs de la crise sanitaire sur l’économie réelle: l’offre, la demande et l’investissement.

Dynamiser l’offre
Autour de l’épanouissement des opérateurs économiques, la relance vise prioritairement l’intensification du système productif avec, en point d’orgue, le renforcement du partenariat public privé. L’enjeu est l’instauration d’un environnement des affaires harmonisé et plus attractif. Ceci passera par la mise en place d’un cadre institutionnel et règlementaire régional pour l’investissement et le partenariat public-privé (PPP) qui permettra à la Cemac de rattraper le retard pris dans les infrastructures stratégiques (électricité, transports, télécommunications, distribution d’eau, immobilier…). L’ambition va jusqu’à recommander que le financement des grands projets d’infrastructures fasse l’objet des partenariats publics privés.
Les actions à réaliser sont: l’érection de la directive communautaire sur le PPP, l’opérationnalisation de l’observatoire du climat des affaires en zone Cemac et la redynamisation du programme «Train My Generation» pour aiguiser le leadeurship entrepreneurial chez les jeunes.

Cette structuration de l’environnement de déploiement du secteur privé doit stimuler la transformation productive. La Cemac souhaite à ce sujet relever le niveau de transformation locale des matières premières. L’institution veut confier le lead au secteur privé local. Une concertation s’est d’ailleurs tenue le 14 juillet dernier entre le président de la commission de la Cemac et les organisations patronales en Afrique centrale. Pour les opérateurs économiques, replacer l’entreprise au cœur de la stratégie régionale de relance passera premièrement par un meilleur traitement de la dette intérieure par les gouvernements. Deuxièmement, des actions d’envergure pour soutenir le secteur informel qui s’est considérablement délité avec la crise sanitaire et économique. Troisièmement, la création d’un fonds de garantie à l’échelle régionale, qui viendra en complément aux mesures prises dans les États.

Autres demandes formulées, la réduction du train de vie de l’Etat et l’affranchissement des entreprises de l’étau fiscal, mais aussi des entraves à la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux dans le marché communautaire Cemac.
Le plan communautaire est une réponse à l’ensemble de ces demandes. Il s’agit notamment de la fluidification du commerce intracommunautaire.

Densifier la demande
À très court, court et moyen terme, l’ouverture des frontières et la fluidification des échanges de biens et de la mobilité des personnes permettront aux producteurs de se reconnecter aux marchés. La suspension des échanges transfrontaliers a causé d’importantes pertes aux producteurs agropastoraux et même chez les transporteurs. Toute la chaine de valeur du commerce transfrontalier intracommunautaire a été négativement impactée.

Le plan de relance ne se limite visiblement pas à reconnecter les marchés. Il va l’approfondir à travers 3 mesures: la libéralisation du commerce intracommunautaire et le renforcement de la concurrence; la facilitation des transports et des transits par l’élimination des barrières sur les corridors; le renforcement de la libre circulation des personnes et son extension au droit d’établissement. Concrètement, les actions à mettre en œuvre pour la relance sont: l’application des règles communautaires sur la concurrence et la protection des consommateurs; la construction des postes-frontière communs; l’intensification de l’homologation et de la labellisation «Origine Cemac» des produits communautaires; l’intensification du «Made in Cemac»; l’extension de la liberté de circulation au droit d’établissement. L’innovation c’est le patriotisme économique communautaire. La Cemac souhaite adopter des mesures permettant de donner une préférence aux produits locaux dans le cadre des échanges commerciaux.

Soutenir l’investissement
La Cemac suggère la mise en place d’un cadre macroéconomique accommodant et surtout incitatif dévoué à la fluidification de l’écosystème des affaires, avec le soutien à l’investissement. Le principal sujet est le paiement de la dette intérieure et particulièrement la réduction des délais de liquidation. En période de reprise, le paiement de la dette intérieure constitue une ressource fraiche pour la trésorerie des entreprises.

Elle peut d’ailleurs être réinvestie. La Cemac suggère d’ailleurs aux États de mobiliser les appuis budgétaires pour apurer le stock des arriérés existants. Les États devront reformer les cadres et processus budgétaires en vue d’éviter les accumulations d’arriérés, ceci à travers la mise en œuvre effective des nouvelles directions du cadre harmonisé de gestion des finances publiques.

Comme autres mesures de ciblage pour une politique macroéconomique accommodante, on a l’automatisation des remboursements des crédits de TVA et l’amélioration des recettes budgétaires non pétrolières à travers l’augmentation du taux de pression fiscale non pétrolière.

Vers la nouvelle économie?
Les perspectives économiques régionales en Afrique centrale de la Banque africaine de développement (Bad) présentent des similitudes avec le plan communautaire de relance. L’institution panafricaine de financement de développement estime que les pays de la Cemac devraient transformer les contraintes de la crise actuelle en opportunités, afin de positionner les pays de la sous-région dans la nouvelle économie. Cinq mesures sont proposées: le renforcement de la gouvernance économique et du climat des affaires; la transformation structurelle et la diversification économique; l’investissement dans les infrastructures; le renforcement de l’intégration régionale et le développement du capital humain. Pour la Bad, les pays de la sous-région devraient adresser toutes les actions en bloc, en privilégiant l’interconnexion économique.

Les problèmes de gouvernance économique et la détérioration du climat des affaires constituent des enjeux de taille pour la croissance économique dans la région. La résorption des déséquilibres macroéconomiques, notamment budgétaires, le maintien de la stabilité des cadres macroéconomiques et le renforcement du climat des affaires doivent servir le renforcement du triple rôle du secteur privé dans l’économie: producteur, financier et employeur.

Les États devraient investir davantage dans les secteurs à plus forte productivité comme l’industrie de transformation du bois et les services à forte valeur ajoutée. L’augmentation de la valeur ajoutée de l’agriculture via l’agro-industrie et la première transformation des matières premières pourront développer les chaines de valeur. C’est d’ailleurs un gage d’accroissement des ressources publiques des États. Tout ceci peut être accéléré en dotant les entreprises de ces infrastructures. Les secteurs de l’électricité, l’eau, le transport et les télécoms sont prioritaires. Ces conditions minimales peuvent induire une meilleure compétitivité avec la réduction des couts des facteurs de production. Le partenariat public privé pourrait être envisagé par les États, en raison de la faiblesse des capacités de mobilisation des ressources.

L’un des défis majeurs et communs à toute l’Afrique centrale est le déficit de compétences et de main-d’œuvre qualifiée pour accompagner la transformation structurelle et la diversification économique dont les économies ont besoin. En développant les compétences, les pays de l’Afrique centrale devraient rechercher «compétitivité, productivité, inventivité».
En fin de compte, il s’agit de rompre avec le logiciel de l’économie sous régionale: une culture rentière de la création des ressources orchestrée par un positionnement d’État pétrolier rentier.

Bobo Ousmanou

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