BEAC – Campost : le Switch de la discorde!

La Banque des États de l’Afrique centrale écrit à l’Association des opérateurs concessionnaires de téléphonie mobile du Cameroun pour dénoncer les services offerts par la nouvelle plateforme de paiement de Campost. Au sein de la Cameroon postal services, où une lettre similaire du gouverneur Abbas Mahamat Tolli a été également reçue, l’on évoque une erreur d’appréciation teintée de mauvaise foi de la part de la Banque centrale.

C’est comme de la vaisselle sale jetée à la tête de la Cameroon Postal Services (Campost). «L’intégralité du dossier de votre demande est rédigée en langue anglaise, et non pas en langue française qui est la langue de travail de la Beac et de la Cobac». Abbas Mahamat Tolli le fait savoir à Pierre Kaldadak ce 15 avril 2020. Délicieusement subtil dans sa lettre, le gouverneur de la Beac demande au patron de la Campost de corriger ce «manquement». Il y a là ce qui explique le rejet de la demande d’autorisation du ministère camerounais des Postes et des Télécommunications, pour exploiter un système de règlement et de compensation dans le cadre des paiements effectués en monnaie électronique.

Au-delà, le Tchadien réaffirme sa volonté de traiter ce dossier au cas où celui-ci revient sur sa table avec tous les attributs de «conformité». D’ailleurs, il assume sa posture avec un œil inquisiteur sur le gouvernement camerounais. «Dans l’attente de l’introduction d’une nouvelle demande recevable et la délivrance éventuelle d’une telle autorisation par la Beac et la Cobac, la Beac enjoint à la Campost de suspendre toutes les opérations et actions visant au démarrage du traitement de la compensation et du règlement des opérations monétiques par ledit système de paiement dont le lancement officiel a été réalisé le 31 mars 2020 en violations des textes communautaires», écrit Abbas Mahamat Tolli.

Ce même 15 avril 2020, le patron de la banque centrale sort sa plume et son écritoire. Cette fois-ci, il s’adresse au président de l’Association des opérateurs concessionnaires de téléphonie mobile du Cameroun. «En l’absence des autorisations requises par les textes communautaires, écrit Abbas Mahamat Tolli, la Beac ne reconnait pas encore le système de paiement géré par la Campost et laisse aux prestataires de services de paiement, et à leurs partenaires techniques, seuls habilités à effectuer les transactions, monétiques destinées au grand public, la responsabilité juridique et financière d’adhérer à ce système et d’y faire traiter des opérations de leur clientèle».

Réponse
Les autorités camerounaises sont surprises par la sortie des dirigeants de la Béac au sujet du système de paiement de Campost. Et pour cause, elles ont régulièrement associé la Banque centrale et tous les autres acteurs concernés à la mise en place de la nouvelle plateforme de Campost. Et de rappeler la réunion du 15 décembre 2019, à l’initiative de la Béac sous pression de certains opérateurs mécontents. La rencontre portait sur la mise en œuvre du règlement N°04/18/CEMAC/COBAC du 21 décembre 2018, relatif aux services de paiement dans la Cémac et sur l’instruction du Gouverneur N°001/GR/2018 du 10 aout 2018, relative à la définition de l’interopérabilité et l’interbancarité des systèmes de paiement monétiques dans la Cémac en relation avec la décision du Minpostel.

Dans la même veine, le 14 janvier 2020, une deuxième réunion est convoquée par la Béac, avec pour participants le Minpostel, la Cobac et le Minfi. Le 24 janvier 2020, la société postale camerounaise reçoit une correspondance du vice-gouverneur de la Béac, en réaction à celle N°049/MPT/CAB relative à la demande d’accompagnement de la Campost par la Béac. Le vice – gouverneur demande à la campost de formaliser son initiative en déposant auprès des services du Gouverneur le dossier de demande d’un système de règlement et de compensation. Le 30 mars 2020, par lettre N°001061/CAMPOST/DG/DGA/e-post/PDI adressée à la Béac, Pierre Kaldadak transmet le dossier complet de demande d’autorisation au gouverneur de la Béac. Depuis le 31 mars 2020, la plateforme d’agrégation des communications électroniques est officiellement fonctionnelle dans sa composante agrégation USSD.

Coulisses
Si jusqu’ici les convenances protocolaires permettent encore de sauver les apparences, les deux correspondances du gouverneur de la Beac ne réussissent pas à dissimuler un certain malaise entre la Banque centrale et la Campost. Utilisant (selon elle) au mieux les règles de procédure, l’institution financière ne lâche pas la bride à l’entreprise publique camerounaise; bien qu’ayant lancé de manière officielle ce 15 avril 2020, le fonctionnement de l’interopérabilité dans les systèmes de paiement en zone Cemac. «C’est que l’intrigue se joue au degré fort depuis longtemps», souffle une source au ministère camerounais des Postes et Télécommunications (Minpostel). La même source y voit de gros enjeux. Au cœur de ceux-ci, l’idée selon laquelle la Campost pourrait «redécoller» grâce aux retombées des flux de transactions via le mobile et autre modes individuels de paiement électronique. Exemples : selon des chiffres officiels, entre janvier et septembre 2017, la somme de 2224,7 milliards FCFA a circulé entre les deux leaders de la téléphonie mobile du Cameroun. Les experts estiment qu’actuellement, ce volume a été multiplié par au moins 4.

 

Mésentente cordiale

Entre la Beac et la partie camerounaise, c’est le désaccord feutré.

 

Le 31 mars 2020 à Yaoundé, Minette Libom Likeng inaugurait le système d’interopérabilité du Cameroun. Le code #237# avait été annoncé comme garantissant un accès équitable à tous les opérateurs locaux au marché des transferts financiers électroniques. Gérée par la Campost, l’infrastructure unifiée est la seule interface avec les réseaux des opérateurs concessionnaires. Elle connectera tous les fournisseurs de services de communications électroniques utilisant la ressource USSD. «Sur le plan technique, cela aidera à mener les opérations grâce au système de paiements utilisant la technologie des réseaux de télécommunication», vantait la Minpostel. Cette dernière présentait aussi l’argument de la sécurité. À en croire le membre du gouvernement, la plateforme nationale permettrait de mener une meilleure veille sur les risques de financement de terrorisme et autre activité d’atteinte à la sûreté et la sécurité de l’Etat.

A la BEAC, on défend l’idée que c’est avant tout des services financiers et que la technologie vient au second plan. Ici, l’on brandit le Système de télécompensation en Afrique centrale (SYSTAC). «Un système net, sécurisé, automatisé et dématérialisé qui traite des opérations de débit et de crédit (virement et chèques) de volume important ne présentant pas un caractère d’urgence et dont le montant unitaire est inférieur à 100 millions FCFA», tel que décrit par Abbas Mahamat Tolli à une conférence de presse en décembre 2019 à Yaoundé. À la même occasion, le gouverneur de la Beac avait fait également allusion au Groupement interbancaire monétique d’Afrique centrale (Gimac), garant de l’interopérabilité des paiements électroniques via les téléphones portables dans la sous-région.

RB

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