Frontière Cameroun-Guinée Équatoriale : Déjà une affaire de forces spéciales

Le long de la ligne de séparation des deux pays, Yaoundé comme Malabo ont impliqué leurs armées respectives.

Le Mindef sur le terrain.

À la frontière entre le Cameroun et la Guinée Équatoriale, le brouillard de la guerre ne cesse de s’épaissir. Depuis quelque temps, la tension y est autrement plus aiguë. D’un côté comme de l’autre, l’agencement des bataillons et des chaînes de commandement révèle chaque jour un paysage stratégique qui pourrait aller jusqu’à l’ouverture du feu. Si l’on en croit des sources militaires camerounaises, des généraux et des maîtres-espions équato-guinéens ont parfois orchestré des face-à-face fortuits, mais sans débordement tragique. Les mêmes sources dénoncent les coups de boutoir quotidiens de Malabo en territoire camerounais, à Kye-Ossi (Vallée du Ntem) notamment.

Ce «rituel», bien connu des autochtones, donne du sens aux manœuvres militaires observées ces derniers temps. «Le scénario le plus récent est le déploiement des forces spéciales équato-guinéennes le long de la frontière» renseigne Jean Marie Zue Zue, le nouveau maire de Kye-Ossi. L’édile parle d’«une mobilisation renforcée du dispositif pour sécuriser quelques portions de leur route construite abusivement l’année dernière en territoire camerounais».

À Yaoundé, où l’on suit de près les événements, l’affaire est prise très au sérieux. Sur instructions de Paul Biya, des troupes d’élite ont été déployées depuis quelques semaines à Kye-Ossi. Ne s’abstenant pas de désigner clairement Malabo comme l’adversaire visé par les manœuvres militaires camerounaises, le haut commandement assure vouloir produire des effets psychologiques. Dans le même temps, Yaoundé compte ainsi éloigner le spectre de l’enlisement et, autant que faire se peut, rassurer des popula tions riveraines face à l’agression d’un adversaire d’autant plus zélé qu’il est plus proche. Aussi parle-t-on d’une «vigilance accrue à travers une mission de surveillance de la frontière». Selon Cameroon Tribune du 3 avril 2020, cette mission est assurée par le 11e bataillon d’infanterie motorisée.

«Task force»
«C’est une première mesure que nous prenons en réponse à ces attaques», a déclaré Joseph Beti Assomo, en visite sur la rocade frontalière le 2 avril dernier. Aux côtés du ministre délégué à la présidence de la République en charge de la Défense (Mindef), il y avait son collègue de l’Administration territoriale (Minat), Paul Atanga Nji. Conçue par Paul Biya, cette «task force» est allée apprécier le site qui concentre les tensions entre le Cameroun et la Guinée Équatoriale. Ensemble, les deux membres du gouvernement ont écouté les riverains et les chefs militaires. Ensemble, le Mindef et le Minat ont constaté que Malabo ne joue pas seulement la montre, mais met la pression sur le Cameroun à travers un vaste chantier de construction, de manière unilatérale et asymétrique, d’un mur («Pared de integracion», voir Intégration N° 377 du lundi 15 juillet 2019) et d’une route bitumée.

Il est à relever que cette flambée des tensions s’inscrit en réalité dans le contexte d’une longue escalade diplomatique entre les deux pays. L’on se souvient que le 10 juin 2019, le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo avait dépêché son ministre d’État chargé de l’Intégration régionale au palais de l’Unité. L’entretien entre Paul Biya et Baltasar Engonga Edjo’o avait duré près d’une heure. Face à la presse locale, le visiteur s’était obstiné à polariser sa déclaration sur l’esthétique (réjouissante) des relations entre la Guinée Équatoriale et ses voisins, restant soigneusement aphone sur le chantier évoqué supra.

Jean-René Meva’a Amougou

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