Transport urbain et interurbain : Le virus de la hausse des prix fait aussi sa loi

Les opérateurs de la mobilité évoquent un bouleversement sans précédent des conditions d’exploitation.

Scène de vie dans une gare routière

Axe Yaoundé-Mfou (18 km), s’offrir une place dans une voiture « clando » valait 500 FCFA. Désormais, «c’est 1000 FCFA! à prendre ou à laisser!», assène un transporteur au lieu-dit Awae Escalier, dans le 4e arrondissement de la capitale. Ailleurs, à la gare routière de Mimboman, ce 27 mars 2020, les plaintes de quelques usagers désireux de se rendre à Esse (Mefou-et-Afamba) ne font pas reculer le vendeur de tickets. «3500 FCFA une place! Ce n’est plus 2000», entend-on au fond d’un couloir. Au-delà de la colère, c’est l’incompréhension parmi les passagers. «Pour une soixantaine de kilomètres, c’est un prix qui nous lynche», tonne un homme.

Dans les rangs des chauffeurs, l’on explique que la crise née du coronavirus contraint à devoir appliquer une sévère majoration du prix du ticket. «Avec le nombre de places exigées par les autorités publiques, depuis qu’on l’applique, on navigue au jour le jour et on travaille à perte», se lamente l’un d’eux.

À écouter les taximen et mototaximen, ils font part de leur «profonde indignation» devant cette «décision unilatérale», tombée comme un couperet, il y a quelques jours. «Désormais, c’est strictement 3 clients. Mais entre-temps, le prix du carburant n’a pas bougé», fait constater Alirou Mefiré, taximan. Face à la situation actuelle, il n’y a qu’une seule réponse selon lui: «accompagner la réduction des places dans le taxi». En clair, favoriser la «transition» et alléger les charges des citoyens dans cette mutation que certains subissent de plein fouet. «Il semble clair aujourd’hui que l’affaire s’accompagne d’une déréglementation du secteur des transports dans les zones fortement enclavées», analyse Stève Bonga, économiste. De cette déclaration, il ressort qu’un certain consensus semble se former dans les gares routières et autres points d’embarquement de la capitale. Sur le sujet, aucun syndicaliste ne se prononce. Tout au plus, sous anonymat, l’un d’eux dit attendre «de la solidarité, au lieu d’être mis à contribution par les pouvoirs publics».

Dans la foulée, Jean Ernest Massena Ngalle Bibehe, ministre des Transports (Mintransports), est sur sa position. «Les partenaires tels que la police, la gendarmerie et l’armée feront des descentes sur le terrain pour s’assurer que les opérateurs du secteur des transports mettent effectivement en œuvre toutes les mesures prescrites dans les quatre sous-secteurs du transport», fait-il savoir dans un communiqué. «Mon département ministériel ne va pas tolérer que les spéculateurs en profitent pour se remplir les poches en augmentant les tarifs des transports. Je voudrais ici dire avec toute la fermeté, que la non-mise en œuvre efficiente de ces mesures est susceptible de conduire à l’arrêt total, pendant 15 jours au moins, l’ensemble des activités de transport urbain et interurbain», menace le Mintransports.

Bobo Ousmanou

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