Devoir de mémoire: Les patriotes se souviennent de Um Nyobe

Comme chaque année, l’Alliance Patriotique s’est mobilisée le 13 septembre dernier à l’effet de commémorer le sacrifice du Mpodol pour libérer le Cameroun du joug colonial. La jeunesse a été invitée à se préparer à poursuivre la lutte pour l’indépendance totale du Cameroun.

 

1958-2019. Voici 61 ans déjà que l’administration coloniale française a décidé de désacraliser et de faire tomber un mythe : Um Nyobe, figure centrale du nationalisme camerounais. Il incarnait la volonté des populations camerounaises à l’autodétermination. « Bien que déjà localisé dans son maquis de Boumyebel, à une soixantaine de kilomètres de Yaoundé, les forces coloniales ont opté de ne pas le capturer : il fallait le tuer. Ce qui sera fait en ce jour sombre du 13 septembre 1958 (…) Lorsque sa dépouille est présentée aux populations, c’est à grand renfort de médiatisation. L’administration a édité nuitamment un journal, la presse du Cameroun, qui décrivait UM comme une bête féroce, un animal impitoyable…mais qui a été vaincue. Comme pour dire à la population et aux militants et sympathisants du mouvement nationalistes que toute résistance n’a aucune issue».

Malgré le temps qui passe, c’est encore avec une voix pleine d’émotions que Paul Henri Mandeng Diabate a introduit ce 13 septembre 2019 à l’Agora du Mouvement citoyen (Moci) à Yaoundé, la cérémonie de commémoration de l’assassinat de Ruben Um Nyobe. L’évènement était organisé par l’Alliance Patriotique. Selon le modérateur de la conférence-débat de circonstance, c’est pour démentir cette idée et continuer la lutte pour l’indépendance réelle du Cameroun que le grand mouvement arc-en-ciel (Alliance Patriotique) marque tous les 13 septembre, un temps d’arrêt pour essayer de donner du sens à la mort de celui que ses sympathisants ont baptisé le Mpodol, entendez « celui qui porte la parole des siens», en Bassa, c’est-à-dire le « porte-parole ».

Cette année-ci, les activités étaient basées sur le thème « la jeunesse camerounaise face au défi nationaliste ». Au menu : causeries intergénérationnelles, projections cinématographiques, méditations, déclarations, etc. Par ces activités organisées chaque année à la même date, « les patriotes camerounais espèrent maintenir vivant dans leurs esprits le souvenir douloureux, certes, de l’assassinat sauvage et barbare du Mpodol, mais surtout l’espoir pour que la flamme de la résistance camerounaise ne s’éteigne jamais». Outre Yaoundé, des activités similaires étaient prévues à Dschang (région de l’Ouest), à Douala (région du Littoral).

De nombreuses anecdotes ont permis au public de replonger dans l’ambiance de ces années-là, marquées par une adversité idéologique et psychologique sans pareil. Ainsi apprendra-t-on qu’à un journaliste français qui lui posait la question de savoir si, au regard du rapport de forces, ce n’était pas le moment d’abandonner [la cause indépendantiste, NDLR] et de rentrer dans les rangs, Ruben Um Nyobe a répondu : « Jamais !Que ce soit aujourd’hui ou demain, jamais l’histoire du Cameroun ne se fera sans le nationalisme camerounais».

A travers les armes du sacrifice de Ruben Um Nyobe, il est question de se remémorer les circonstances de son assasinat, mais aussi de baliser les lieux d’espoirs dans lesquels tous les camerounais doivent se retrouver.

Au sein de l’Alliance Patriotique, on reste convaincu que la flamme du nationalisme est le ferment de l’unité nationale au Cameroun. Ruben Um Nyobe, Félix Roland Moumié, Abel Kingue, OsendeAfana, Félix Roland Moumié, Ernest Ouandié… C’est le symbole du Cameroun qui refuse de plier l’échine devant le grand capital et les forces impérialistes. C’est là où tous les Camerounais retrouvent la force inspiratrice nécessaire pour exister dans ce monde de plus en plus globalisé qui tend à gommer les particularités et les identités. Ici, la notion de l’intérêt générale (re)trouve tout son sens.

Dans les prochains jours, l’Alliance Patriotique annonce une rencontre à Maroua (région de l’Extrême-nord), pour réunir tous les révolutionnaires, les nationalistes et tous ceux qui sentent encore battre dans leur cœur la fibre upéciste. Ce sera dans le cadre du rassemblement du Grand mouvement upéciste.

Rémy Biniou
 

Pr Théophile Yimgaing Moyo

 « Les mouvements nationalistes à l’origine de la recherche du dialogue national inclusif»

Les propositions du président du Mouvement Citoyen (Moci), 1er Vice-président de l’Alliance Patriotique.

 

 Les Camerounais doivent comprendre qu’une seule main ne peut pas lier un fagot de bois ; il en faut deux mains ; et il faut être ensemble. Leur sort est lié et qu’il est entre leurs mains. Nous ne pouvons pas nier qu’il y a des problèmes aux Cameroun ; et ces problèmes viennent surtout du fait que nous avons eu une colonisation mal achevée par une décolonisation bâclée. Si nous ne nous souvenons pas de la façon dont nous avons obtenu l’indépendance ; nous ne nous souvenons pas de ce qui ont lutté pour l’indépendance dont Ruben Um Nyobe, mort par les coups de fusil du colon ; si nous oublions que c’est d’autres qui ont eu le loisir de continuer à diriger le Cameroun ; alors, nous faisons fausse route. Il faut que le peuple camerounais comprenne pourquoi nous souffrons tant.

Pourquoi il y tant de misère dans un pays aussi riche. Et ce n’est pas une situation propre au Cameroun. C’est le  cas dans toute l’Afrique noire. C’est le fameux contentieux historique dont l’Alliance patriotique parle depuis sa création. Nous devons nous asseoir et discuter de nos problèmes. Nous sommes donc heureux de rappeler que l’Alliance Patriotique parle, depuis sa création, non seulement de l’importance, mais de la nécessité d’un dialogue national inclusif pour sortir de l’impasse actuelle. Certains pseudos partis politiques de l’opposition ont repris ce thème pour en faire un slogan. Mais, il faut savoir que ce sont les mouvements nationalistes qui sont à l’origine de la recherche du dialogue national inclusif.

Il faut seulement que les bases de ce dialogue soient bien définies et que le peuple camerounais en sorte vainqueur. Si c’est de cela qu’il s’agit, nous sommes preneurs. Mais tel que ce dialogue a été annoncé, il est difficile, pour le moment, de savoir qui va y prendre part ; mais nous sommes des Camerounais à part entière et nous pensons qu’aucun fils de ce pays ne doit être écarté d’un dialogue national. L’histoire interpelle aujourd’hui chacun des acteurs de la classe politique afin qu’il prenne ses responsabilités »

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