Hôpital central de Yaoundé : Deux plaintes contre la fistule obstétricale

Les victimes de cette pathologie crient à la stigmatisation. Le personnel médical parle du manque de moyens.

« La fistule obstétricale est l’une des lésions les plus graves et les plus dangereuses susceptibles de survenir lors d’un accouchement. Il s’agit d’une perforation entre le vagin et la vessie ou le rectum, due à un arrêt prolongé du travail en l’absence de soins obstétricaux. Elle provoque une fuite d’urines et/ou de matières fécales par le vagin, et entraîne à plus long terme des problèmes médicaux chroniques ». À partir de cette définition que nous donne le Dr Guy Sandjon, il faut s’armer de courage pour poursuivre l’entretien avec le gynécologue-obstétricien de renom. En posture de président de l’Ordre national des médecins du Cameroun (ONMC), il arrondit à des milliers les cas diagnostiqués au Cameroun à ce jour, avec une prévalence élevée chez les femmes pauvres.

Ce 22 mai, dans le pavillon qui leur est consacré à l’Hôpital central de Yaoundé, de nombreuses femmes scrutent l’espoir de venir à bout de la maladie qui les tenaille. Ce jour, les chiffres de la main courante indiquent 68 cas externes et 15 cas internes. Quelques-unes sont voilées, d’autres baissent longuement le visage. Toutes, elles sont rétives aux prises de vues. À l’interprétation, le Dr Guy Sandjon valide que « ces données soulignent deux faits : le premier c’est que beaucoup de victimes de la maladie restent à la maison faute de moyens ; le deuxième, c’est que ces malades ont peur d’être stigmatisées, si elles ne le sont pas déjà ».

Siti Batoul Oussein n’en a pas une position très éloignée. Du point de vue de la représentante Cameroun du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), « la fistule obstétricale peut être considérée comme une pathologie des femmes pauvres. À cause de l’odeur d’urine et de matières fécales provoquées par l’incontinence, la plupart d’entre elles font l’objet d’un rejet ».

Litanie
Dans le fond, les deux énoncés font à la fois part du coût exorbitant des interventions chirurgicales et du regard social. Quelques mots glanés aux forceps auprès de quelques femmes aident à situer sur l’ampleur doublement nocive de ces deux variables. « Pendant mes 12 ans de maladie, j’ai terriblement maigri. Je n’arrivais pas à manger régulièrement. À peine je mangeais que les selles risquaient de s’échapper. J’étais en permanence en couche. Je ne pouvais pas me présenter dans les grandes assemblées, de peur de sentir mauvais et de révéler au grand jour ma maladie. C’est arrivé au point où j’ai envisagé de me suicider », avoue A. Ntolo.

Juste à côté d’elle, la litanie se corse. « Deux grossesses, deux enfants mort-nés. Le troisième que je croyais pouvoir garder dans mes bras s’est soldé par la mort aussi et par une incontinence urinaire. Lorsque le travail a commencé, il m’a fallu attendre, durant deux jours, le retour de mon mari pour me conduire à l’hôpital. On a fui de l’hôpital, mon mari ne pouvant pas payer les frais médicaux. À cause de la maladie, ils m’ont construit une case à l’écart. Personne ne vient me voir ici. Même pas mon mari. Si je dois parler de ma maladie dans le village, en plus de ma famille, je dois supporter le rejet de ma communauté », déplore Ramou, traduite par sa fille.

Dans le couloir, quelqu’un, se présentant comme ancien agent de ce pavillon évoque un don de 100 millions FCFA octroyé par Chantal Biya. Destiné à couvrir la prise en charge financière des malades internées ici, l’on est sans nouvelle de cet argent. Aucune information officielle ne filtre autour du sujet.

Jean-René Meva’a Amougou

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