Gouvernance communautaire : La Cemac exorcise le démon de la centralisation

En optimisant les ressources et la structure des représentations pays, la commission de la Cemac déconcentre ses pouvoirs pour intensifier son action dans les pays.

Photo de famille commission Cemac- Représentants-pays

Présence et action effectives, c’est ainsi qu’on pourrait résumer le logiciel de fonctionnement des représentations diplomatiques de la Cemac dans ses pays membres. Le 3 juin 2019 à l’hôtel La Falaise de Bonapriso à Douala, la Commission Cemac et ses représentations pays étaient en réunion de coordination. La première du genre. Parmi les sujets à l’ordre du jour, figurait en bonne place l’optimisation des capacités des représentations pays de la Commission Cemac dans les pays.

Précisant le leitmotiv de cette rencontre, Daniel Ona Ondo, Président de la Commission de la Cemac déclare qu’il s’agit notamment pour ce séminaire « de réfléchir ensemble sur les voies et moyens d‘impulser les activités des représentations-pays dans leur rôle d’interface entre les institutions communautaires et les administrations nationales, les opérateurs économiques, les partenaires techniques et financiers ou le citoyen lambda en quête d’information ; de passer en revue les actions et réformes majeures issues des recommandations des plus hautes instances de la Communauté, lors des assises qui ont eu lieu à N’Djamena au mois de mars 2019 et décliner le rôle des Représentations dans le suivi de leur mise en œuvre ; D’examiner le nouveau projet du cadre règlementaire qui va désormais régir les missions, attributions et fonctionnement des représentations-pays ; de réfléchir sur le rôle de la représentation dans la gestion des ressources humaines et financières mises à sa disposition par les instances dirigeantes afin de rendre son fonctionnement optimal ; enfin d’écouter les suggestions, remarques et recommandations des représentants qui sont des hommes de terrain et des fins connaisseurs de notre institution ».

Montée en puissance

L’ambition affichée par le gouvernement communautaire c’est de passer le rôle réducteur de représentation à celui d’acteur clé dans l’implémentation et le suivi sur le terrain des chantiers majeurs de l’approfondissement de l’intégration régionale. Toutes ces choses qui permettront à toutes les représentations « un accès à toutes les informations nécessaires à l’accomplissement des feuilles de route indiquées par pays de la communauté, la possibilité d’édifier davantage nos illustres dirigeants sur les défis auxquels nous devons faire face, et enfin, un nouvel élan fort dans la mobilisation de toutes les représentations afin de contribuer davantage à l’atteinte des objectifs assignés à la commission » a soutenu Ndoumbè Epse Ntsama Etoundi Malaïka, Responsable Commission Cemac au Cameroun.

Diplomatie

Au-delà des ressources humaines et financières, l’optimisation des capacités d’action des représentations pays passe par la définition d’un nouveau cadre régissant leur fonctionnement, leurs missions et leurs attributions. A l’image des représentations Pnud, Cea ou encore banque mondiale, les représentations doivent se voir le mandat d’action. Il y a ainsi lieu de déconcentrer les pouvoirs de la commission afin de transformer les représentations en émissaires permanents avec des attributs de plénipotentiaires. La suite nous dira.

Mise à jour

La réunion de Douala a posé les jalons d’une Commission de proximité. Ce qui est également un gage de la Cemac des peuples. Ainsi, il a été recommandé aux représentants-pays d’accélérer la communication et d’harmoniser les stratégies avec les administrations nationales pour informer les communautés. De même, les représentants doivent  gérer des ressources humaines et financières dans l’optique d’un rendement efficient. Désormais, la commission a pris pour option une approche pragmatique de complémentarité et de synergie entre toutes les composantes dynamiques engagées dans l’accélération de la mise en œuvre des grands chantiers communautaires, dont les grands axes figurent dans les déclinaisons de la feuille de route du Président en exercice de la conférence des chefs d’Etats.

En somme « les conclusions et recommandations des travaux de notre atelier ont mis en évidence, la nécessité d’une structuration homogène des représentations, dans le cadre de l’organisation et du fonctionnement de leurs services » précise le Pr Daniel Ona Ondo à la clôture des travaux. Reste plus qu’aux participants de s’approprier ces conclusions et ces recommandations, pour les internaliser afin que les peuples y ressentent une efficacité opérationnelle.

Alain Biyong

 

Gregory Lionel BEYINA

Représentant Pays de la Cemac en RCA

 

Quelles sont les compétences et marge de manœuvre des représentations-pays aujourd’hui ?

En fait le représentant-pays est le représentant de la commission pour ce pays. Donc il a plusieurs casquettes par rapport à sa fonction : d’abord il représente le Président de la commission il a un rôle diplomatique au niveau de la coopération, de la diplomatie. Il travaille avec les autorités dans le cadre des politiques sectorielles selon les normes qui ont été arrêtées au niveau de la commission. Parce que dans le cadre  des tâches qui lui ont été confiées par le Président de la commission comme le programme économique régional, le programme de suivi national, il travaille pour accompagner les autorités. Et une des missions les plus importante est le suivi du financement des communautés. Donc il travaille avec le ministre des finances dans la phase de recouvrement et le reversement dans les caisses de la communauté.

Quelles sont les difficultés ?

Les difficultés rencontrées dans le cadre du fonctionnement sont liées au fait que parfois dans les pays, ils ne reversent pas totalement ce qu’ils recourent en termes de TCI. Mais avec le mécanisme de recouvrement mis en place, nous travaillons avec la Direction générale des Douanes, le trésor qui sont rattachés au ministère des finances.

Quelles sont les lacunes urgentes à corriger ?

Il faut travailler avec les Etats dans la mise en place de ce mécanisme pour qu’il soit totalement opérationnel et qu’il permette que les fonds qui sont recouvrés ne soient pas reversés au niveau du trésor mais plutôt vers l’agent comptable de la communauté.

Et quels sont les besoins spécifiques de votre représentation à Bangui ?

C’est ce que nous avons eu au niveau du séminaire qui était organisé dans le cadre du renforcement des capacités des représentants. Il ya deux sortes de besoins : au organisationnel, il faut des structures opérationnelles adéquates. Par exemple, des missions qui vont auprès des structures sectorielles étatiques pour leur rappeler les décisions prises par les chefs d’Etats. Le but étant de vulgariser la vision. D’autres besoins apparaissent au niveau de la représentation, c’est-à-dire une meilleure structuration et une amélioration des ressources opérationnelles.

En matière d’intégration régionale, le leadersip de la RCA tend à s’étioler. Comment le pays de Barthélémy Boganda entend-il se repositionner ?

Vous savez depuis longtemps, la RCA a été un pionnier dans le cadre de l’intégration en Afrique centrale. Nous œuvrons efficacement dans la mise en place de cette intégration. La RCA occupe une place importante parce que par exemple elle est le 2e pays à accepter le passeport CEMAC et aussi l’un des pays qui a ouvert ses frontières pour permettre aux autres populations d’entrer en Centrafrique. Je crois que dans ce cadre, nous devons être là pour aider les autorités et les accompagner à vulgariser l’intégration et à l’implémenter davantage au niveau des populations.

A quel niveau se trouve le dossier de la relocalisation de la commission à Bangui ?

Ce dossier est piloté au niveau du siège provisoire actuel qui est à Malabo, et au niveau de la représentation, on travaille en symbiose avec les autorités centrafricaines pour préparer son retour. Mais il ya déjà des avancées importantes pour son retour.

 

Interview réalisée par

Alain Biyong

Quand vous êtes attaqué, vous êtes obligé de vous replier et je crois qu’il faut comprendre la Guinée Equatoriale
Pr. Daniel Ona Ondo, Président de la Commission de la Cemac. 

 

Pensez-vous que les objectifs de ce séminaire ont été atteints ?

Je dois vous dire tout le plaisir qui est le nôtre d’être ici à Douala, pour ce premier séminaire sur les représentations-pays. C’est une première, parce que c’est la première fois que nous nous retrouvons ensemble, le gouvernement de la commission, les différents responsables et nos ambassadeurs dans les Etats. L’objectif de ce séminaire était de créer des synergies, de créer une dynamique de groupe. Il ne faut pas que les représentants pensent qu’ils sont de laissés-pour-compte.  Il fallait donner une nouvelle impulsion à ces représentants. Je crois que sur ce domaine nous avons réussi, surtout que ces représentants s’approprient les dossiers de la commission.

Nous avons passé en revue un certain nombre de dossiers qui sont fondamentaux pour l’intégration sous-régionale. Et à l’occasion, nous avons eu le feed-back des représentants qui ont dit les difficultés qui sont les leurs, et l’amélioration des conditions à apporter par la commission à savoir : les moyens humains et financiers pour qu’ils fassent vraiment leur travail. Ils partent, instruits des programmes que nous menons, ils ont dit ce qu’ils attendaient de nous, et nous leur avons dit ce que nous attendons d’eux : synergie et complémentarité.

Après les 72 mesures arrêtées par les chefs d’Etat à Malabo pour les réformes économiques est né le club Cemac. Est-ce que, un an après la mise en place du Programme économique et financier de la Cemac on peut se dire que ce programme est porteur aujourd’hui ?

Je vous rappelle un peu le contexte dans lequel le Pref Cemac a été mis en place. Nos pays ont connu des problèmes énormes en 2014, dus à la baisse du coût du pétrole. Et les chefs d’Etat ses sont retrouvés à Yaoundé autour de Mme Lagarde qui est présidente du Fmi et du ministre des Finances de la France (nous sommes en coopération avec la France dans le cadre de la zone franc). Les chefs d’Etat ont décidé de ne pas faire l’ajustement monétaire, ils ont accepté de faire un ajustement réel, en se mettant en contact avec le Fmi.

Aujourd’hui sur six pays, quatre ont un programme avec le Fmi : Cameroun, Tchad, Gabon et République Centrafricaine. Il reste deux pays, le Congo qui a aujourd’hui retrouvé une entente pour la restructuration de sa dette avec le Fmi. Nous attendons ce programme au niveau du Fmi. La Guinée qui avait un programme de référence sans financement a deux conditions à remplir, avant de rentrer dans le programme du Fmi. Parce que c’est un accord régional. Pour qu’il soit régional, il faut que tous les pays participent à cet accord.

Maintenant, le programme économique et financier de la sous-région a été mis en place. Le Pref Cemac qui est le président Déby et le président Denis Sassou Ngueso. Ce programme se déroule très bien. J’en fais partie, avec tous les ministres des finances. Nous aurons bientôt une session à Douala, pour passer en revue les cinq piliers. Les cinq piliers dans l’ensemble se portent un peu bien correctement. Il y a deux piliers qui sont suivis par le gouverneur de la Beac, qui vont dans le bon sens. Les autres piliers sont suivis par la commission. Nous faisons un rapport quand nous nous retrouvons.

Je dois vous dire que c’est une bonne décision. Il faut que nos pays continuent à faire des efforts. C’est pourquoi le président Déby a convoqué une conférence extraordinaire sur la crise. A cet effet, les chefs d’Etat ont pris l’engagement d’une approche concertée et solidaire. Avec cette approche, ils nous ont envoyé voir Mme Lagarde du Fmi. Aujourd’hui, en dehors d’un pays dont je ne citerai pas le nom, les autres ne sont plus en récession.

Les réserves de changes évoluent à peu près bien. C’est une espérance novatrice. C’est une décision importante prise par nos chefs d’Etat.

Quelles projections peut-on faire ?

Nous devons continuer à travailler. Nous devons laisser une trace. Nous sommes là pour apporter des réponses aux problèmes qui minent la sous-région. La sous-région a un taux de commerce intra-régional de 3%, ce n’est pas assez. Nous n’avons pas d’industries. Il faut une intégration des infrastructures et une intégration commerciale. Voilà les aspects sur lesquels nous travaillons, et les chefs d’Etat nous ont mis là pour créer cette dynamique.

Propos recueillis par

Alain Biyong

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