6 novembre 1982-6 novembre 2019 : 37 ans, trois grands souffles rebelles

Entre les deux bornes du règne de Paul Biya, quelques personnalités politiques ont donné du tournis à son régime. Évocation. 

Ce mercredi 6 novembre 2019, Paul Biya célèbre 37 ans à la tête du pays. Pour que le chef de l’État garde la vedette en ce jour devenu une marque temporelle portée à grand bruit, les militants de son parti, le Rdpc (Rassemblement démocratique du peuple camerounais), entendent en faire un moment étrange et fort, où se mélangent la solennité républicaine et l’émotion visible. Simplement, cela est dit dans les colonnes du journal l’Action (n° 1234 du 30 octobre 2019): «Ce jour anniversaire, comme les précédents, les Camerounais, toutes origines, classes sociales, chapelles religieuses et politiques confondues, se lèveront, tel un seul homme, pour saluer les œuvres de cet homme providentiel».Pour résumer ce credo, la publication du parti au pouvoir parle d’un homme «qui a tant œuvré pour son pays».

Ce dernier, estime l’Action, charrie derrière lui tous les succès d’une longue vie politique: «Durant ses septennats successifs (grandes ambitions, réalisations, opportunités, réussites…), l’architecte du Renouveau va impulser des réalisations portées sur tous les secteurs de la vie nationale, de manière à mieux l’engager dans la voie de l’émergence». Pour le Rdpc, du 6 novembre 1982 au 6 novembre 2019, ce n’est que cela.

Reste que, entre les deux bornes du règne, court une ligne dessinée par des prétendants au trône. S’agitant furieusement dans l’espace public, ceux-là accusent Paul Biya d’user et abuser d’une machine infernale qui broie le débat démocratique au Cameroun. Dans cette fourchette, il y a ceux qui, à un moment ou un autre, se comptaient ou non parmi les proches du locataire d’Etoudi. Entre 1982 et 2019, les fils fidèles d’hier sont devenus rebelles aux côtés de personnages éloignés du sérail.

Challengers
Dès 1992, Ni John Fru Ndi veut se placer dans la grande histoire du Cameroun. Sous la bannière du SDF (Social Democratic Front), il est candidat à l’élection présidentielle tenue en octobre de cette année-là. «C’étaient les premières élections multipartites au Cameroun. Je gérais l’assemblage et le découpage des voix. Et je peux vous dire qu’en 92, Fru Ndi a bel et bien gagné», tranchait Me Akere Muna le 18 octobre 2017 face à la presse à Yaoundé. L’on se souvient que Paul Biya, appuyé par ses affidés, avait bataillé dur contre celui qui réclamait sa «victoire volée».

Après avoir été essoré dans le rôle de secrétaire général de la présidence de la République, Titus Edzoa «promu» ministre de la Santé publique se retourne officiellement contre le président du Rdpc, le 20 avril 1997. Ce jour-là, le chirurgien émérite se désolidarise de l’orchestre Biya et chante un air de rupture. Au passage, le postulant refuse d’être l’héritier de son patron. Il ambitionne simplement d’en être le successeur; puisque, dit-il, Paul Biya «ne travaille pas». «Drame politique», les commentateurs de ce retournement n’en disent pas autre chose.

En octobre 2018, c’est au tour de Maurice Kamto de tacler vigoureusement celui qui fit de lui son ministre délégué à la Justice, quatorze ans plus tôt. Se positionnant comme promoteur d’un «big bang politique» à l’échelle nationale, le leader du MRC (Mouvement pour la renaissance du Cameroun) favorise une bataille épique entre le Rdpc et lui au Conseil constitutionnel. Classé second (14,23 %) face à Paul Biya (71,28 %), l’agrégé de droit qualifie le verdict de victoire équivoque, acquise à la méthode soviétique, avec l’ensemble de quelques forces sociales, politiques, économiques, médiatiques. Malgré tout, il déclare: «J’ai reçu mission de tirer le penalty, je l’ai tiré et je l’ai marqué». La phrase a le don d’ouvrir un vaste boulevard aux supputations et aux interprétations, sans parler d’une certaine récupération. Et on craint le prolongement au vu de certains indices.

Jean-René Meva’aAmougou

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