2020 : année blanche et crisogène en Afrique centrale

La situation dans la sous-région et les activités du Bureau régional des Nations unies pour l’Afrique centrale.

L’insécurité et la Covid-19 plombent la sous-région

Le Bureau régional des Nations unies pour l’Afrique centrale (BRENUAC) vient de publier un rapport sur la situation sécuritaire en Afrique centrale, sur fond de pandémie du coronavirus. Dans ce document de 18 pages, le BRENUAC souligne que les conditions de sécurité tendues en Afrique centrale, notamment les attaques perpétrées contre des civils au Cameroun et dans le Bassin du Lac Tchad, ont continué de préoccuper le Conseil de sécurité. Dans le même temps, la pandémie du Covid-19 a perturbé la stabilité politique, économique et sociale de toute la région. Le rapport évoque que de façon générale, les menaces persistantes que font peser sur la sous-région les groupes armés internes et transfrontaliers, ont continué de s’opposer aux appels lancés pour faire taire les armes. C’est le cas des attaques incessantes de Boko Haram dans le Bassin du Lac Tchad, mais également de la crise sociopolitique dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du Cameroun. Des activités de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) en RCA ou en République centrafricaine, et face aux actes de piraterie dans le Golfe de Guinée, malgré une diminution relative de la criminalité maritime.

La note appelle les pays en situation de crise politique à trouver des voies et moyens pour sortir de cet engrenage en privilégiant un véritable dialogue constructif, lequel reste la démarche la plus évidente pour la résolution des conflits, le retour à la paix et le développement durable. Pour cela, l’ONU réitère sa volonté d’appuyer les efforts visant à promouvoir un dialogue national inclusif et constructif. D’autre part, la CEEAC et ses États membres sont invités à travailler avec l’ONU, l’Union africaine et d’autres partenaires compétents afin d’élaborer des stratégies viables propres à renforcer leur capacité de prévention des conflits, en tenant compte notamment des questions de genre et en s’appuyant sur des partenariats avec la société civile.

Le BRENUAC les encourage également à investir dans des partenariats avec les jeunes en vue de créer des sociétés plus inclusives en Afrique centrale.
Autre source de préoccupation pour les Nations unies : les effets multidimensionnels de la pandémie de Covid-19 en Afrique centrale. Pour François Louncény Fall, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU et chef du BRENUAC, les tendances observées indiquent clairement que les premières mesures prises par les gouvernements de la sous-région pour contenir et réduire la propagation de la maladie se sont avérées efficaces.  Mais cette efficacité a un coût socioéconomique élevé, a-t-il averti en encourageant les partenaires bilatéraux et multilatéraux à renforcer leur appui. L’étude loue en particulier l’adoption par la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) d’une stratégie régionale de lutte contre la Covid-19. Elle présente également, de manière succincte, un certain nombre de propositions d’actions visant à accompagner à la fois la réponse immédiate à la crise et les efforts de relèvement à plus long terme.

Landry Kamdem (stagiaire)

 

I. Introduction
1. Le présent rapport fait suite à la déclaration de la Présidente du Conseil de sécurité en date du 10 août 2018 (S/PRST/2018/17), dans laquelle le Conseil a prié le Secrétaire général de le tenir informé des activités du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (BRENUAC). On y trouvera un compte rendu des principaux faits survenus en Afrique centrale sur le plan de la politique et de la sécurité depuis le dernier rapport, daté du 29 mai 2020 ( S/2020/463), ainsi que des progrès accomplis par le BRENUAC dans l’exécution de son mandat, ajusté au regard de son examen stratégique, dont les conclusions ont été accueillies favorablement par le Conseil dans la déclaration de son président en date du 12 septembre 2019 (S/ PRST/ 2019/10). Y figure également une évaluation actualisée de la situation dans le bassin du lac Tchad, comme le Conseil l’a demandé dans sa résolution 2349 (2017).

II. Principaux faits nouveaux survenus dans la sous-région de l’Afrique centrale
A. Tendances et faits nouveaux sur les plans de la politique, de la paix et de la sécurité

2. La situation politique a continué d’évoluer dans un contexte marqué par les cycles électoraux qui se dérouleront en 2020 et 2021 dans 8 des 11 pays d’Afrique centrale et par les effets multidimensionnels de la pandémie de maladie à coronavirus (COVID-19). La pandémie a considérablement compliqué les préparatifs et le financement des élections, tandis que des tensions politiques ont fait surface dans plusieurs pays entrés en période électorale. Malgré l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial devant permettre de se concentrer sur la lutte contre la pandémie, l’extrémisme vi olent et les activités des groupes armés dans la région se sont poursuivis sans relâche.

3. Le nombre de cas de COVID -19 a continué d’augmenter lentement mais régulièrement en Afrique centrale, où les gouvernements ont cherché à trouver le juste équilibre entre les mesures visant à ralentir la propagation du virus et celles destinées à favoriser la reprise économique. Le 30 juillet, les chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) ont adopté une stratégie régionale de lutte contre la COVID -19 en Afrique centrale.

4. La sous-région a progressé dans la mise en œuvre du programme de réforme institutionnelle de la CEEAC mené sous la présidence du Gabon. Une étape importante a été franchie avec la promulgation de la nouvelle architecture régionale de paix et de sécurité de la CEEAC lors de la dix -septième session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique, tenue en ligne le 30 juillet. À cette occasion également, la c réation de la nouvelle Commission de la Communauté économique a été approuvé. Le traité révisé de la CEEAC est entré en vigueur le 28 août et les membres de la nouvelle Commission ont prêté serment le 1er septembre devant le Président gabonais, Ali Bongo Ondimba, qui devrait céder la présidence de la CEEAC au Président congolais, Denis Sassou Nguesso, à la fin du mois de novembre. Du 13 au 16 octobre, le nouveau Président de la Commission de la CEEAC, Gilberto Da Piedade Veríssimo (Angola), a dirigé une retraite stratégique de la Commission dans le but de définir les priorités de cette dernière en matière de paix et de sécurité.

Tendances et faits nouveaux sur le plan politique
5. La situation politique en Afrique centrale a été fortement influencée par les mesures qu’ont prises les autorités pour renforcer la lutte contre la COVID-19, améliorer leurs relations bilatérales et préparer les élections. La Guinée équatoriale, Sao Tomé-et-Principe, le Gabon et le Tchad ont remanié leurs gouvernements, tandis que des préparatifs en vue d’élections ont commencé au Cameroun, au Tchad, en République centrafricaine et au Congo.

6. L’amélioration des relations entre les pays de la sous-région a continué de progresser. Le 7 octobre, les Présidents de l’Angola, de la Républi que démocratique du Congo, du Rwanda et de l’Ouganda ont participé à un mini-sommet virtuel sur la région des Grands Lacs, organisé par la République démocratique du Congo. Dans le communiqué final de ce sommet, ils se sont engagés à éradiquer les groupes armés et à renforcer les mécanismes existants en vue d’éliminer leurs sources de financement, à lutter contre les réseaux criminels, à établir un plan transfrontière contre la COVID-19 destiné à renforcer les mesures de surveillance et de contrôle, et à ét udier plus avant les possibilités de développement économique dans la région.

7. Le 20 octobre, les Ministres des affaires étrangères du Burundi et du Rwanda ont exprimé leur volonté de normaliser leurs relations bilatérales lors d’une réunion tenue à la frontière entre leurs deux pays. Le 5 octobre, la Ministre des affaires étrangères de la République démocratique du Congo a rencontré son homologue burundais à Bujumbura, où ils sont convenus d’établir un cadre visant à faciliter l’échange d’informations et d’ organiser régulièrement des réunions entre militaires et policiers. Le 18 septembre, à Brazzaville, les Gouvernements du Congo et de la République centrafricaine ont fait le point sur la mise en œuvre des accords bilatéraux qu’ils ont signés lors de la cin quième session de la commission mixte bilatérale, qui s’est tenue le 5 août 2019. En juin, toujours à Brazzaville, M. Sassou Nguesso a rencontré l’ancien Président de la République centrafricaine, François Bozizé, et l’ancien Président de l’Assemblée natio nale de la République centrafricaine, Karim Meckassoua, dans le cadre de l’action menée pour faire progresser le dialogue politique en République centrafricaine. Le 7 novembre, le Président burundais, Evariste Ndayishimiye, a conclu une visite de cinq jour s en Guinée équatoriale, au cours de laquelle six accords de coopération entre les deux pays ont été signés.

8.Le 16 septembre, à Luanda, les Gouvernements de l’Angola et de la République démocratique du Congo ont signé des accords relatifs à la sécurité et à l’ordre public, aux mouvements transfrontières de personnes et de marchandises et à la création d’une commission mixte permanente sur la défense et la sécurité. Le 26 août, les chefs des services de renseignement militaire du Burundi et du Rwanda se sont réunis à la frontière entre les deux pays pour examiner les causes des atteintes à la sécurité de la frontière et débattre de leur future collaboration. La réunion a été facilitée par le Mécanisme conjoint de vérification élargi, organe de la Conférence i nternationale sur la région des Grands Lacs chargé de la sécurité. Le 22 juillet, à Malabo, les Gouvernements du Cameroun et de la Guinée équatoriale ont signé un accord de coopération en matière de sécurité des frontières après que des tensions sont appar ues à la frontière. Un comité de suivi a tenu sa première réunion les 3 et 4 septembre. Le 4 juin, les Ministres des affaires étrangères du Rwanda et de l’Ouganda ont assisté à la quatrième réunion de la commission ad hoc pour la mise en œuvre du mémorandu m d’accord de Luanda, qui s’est tenue en ligne. Y ont assisté en outre le Ministre angolais des relations extérieures et le Vice -Premier Ministre et Ministre de l’intérieur de la République démocratique du Congo.

9.En Angola, la lutte contre la corruption a continué de dominer l’actualité politique, plusieurs personnalités de premier plan étant poursuivies pour délits financiers graves. Le 14 août, un tribunal a condamné le fils de l’ancien Président, José Eduardo dos Santos, à cinq ans de prison pour des faits de fraude, de blanchiment d’argent et de corruption commis lorsqu’il était chargé de la gestion du fonds souverain de l’Angola. Le 8 septembre, s’adressant au Conseil de la République, le Président angolais, João Lourenço, a réaffirmé la vo lonté du Gouvernement de lutter contre la corruption. Le 9 septembre, il a annoncé que les élections locales ne se tiendraient pas en 2020, invoquant des retards dans l’adoption du cadre juridique correspondant. Le parti d’opposition União Nacional para a Independência Total de Angola a critiqué cette décision. Le 24 octobre, de violentes manifestations ont éclaté à Luanda, dont les participants réclamaient de meilleures conditions de vie et exigeaient que les dates des élections locales soient fixées.

10. Au Cameroun, si des progrès ont été réalisés par le Gouvernement sur la voie du dialogue et de la décentralisation dans les régions du Nord -Ouest et du Sud-Ouest, la violence a néanmoins persisté sans relâche. Le 3 septembre, le Premier Ministre a présidé la première réunion du comité de suivi créé pour surveiller la mise en œuvre des recommandations issues du grand dialogue national. Des groupes de femmes de la société civile ont appelé le Gouvernement et les groupes armés séparatistes à cesser les combats et à engager des négociations de paix. Le 17 septembre, la Cour d’appel a confirmé la condamnation du dirigeant séparatiste Julius Ayuk Tabe et de neuf autres personnes à la réclusion à perpétuité.

11. Le 7 septembre, le Président camerounais, Paul Biya, a fixé a u 6 décembre la date des premières élections régionales de l’histoire du Cameroun. Deux partis d’opposition, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun et le Front social démocrate, ont appelé au boycott de toutes les élections jusqu’à ce qu’une solution politique à la crise dans les régions du Nord -Ouest et du Sud-Ouest soit trouvée et qu’une réforme consensuelle du code électoral soit entreprise. Le 22 septembre, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun a organisé des manifestations au cours desquelles les forces de sécurité ont arrêté plusieurs dizaines d’individus, dont des membres du parti et des journalistes. Le chef du parti, Maurice Kamto, a ensuite été visé par des restrictions de ses déplacements. Le 4 novembre, un tribunal militaire de Yaoundé a condamné neuf membres du Mouvement à six mois de prison pour des faits en rapport avec les manifestations de septembre.

12. Au Tchad, les préparatifs en vue du prochain cycle électoral ont commencé sur fond de pandémie de COVID-19, laquelle a aggravé les fragilités du pays sur le plan de la sécurité et sur le plan socio -économique. Le 4 juillet, la Commission électorale nationale indépendante a publié un nouveau calendrier électoral, selon lequel l’élection présidentielle aura lieu en avril ou en mai 2021, suivie par les élections législatives en octobre 2021 et les élections communales en avril 2022. Quelque 1,3 million d’électeurs ont été enregistrés entre le 1er et le 20 octobre. Le 14 juillet, le Président tchadien, Idriss Déby Itno, a remanié son gouve rnement en y faisant entrer des ministres issus de partis politiques additionnels ainsi que des ministres plus jeunes. Le pourcentage de femmes au sein du gouvernement est resté de 26%. Le 10 août, le Président a été élevé au grade de maréchal du Tchad, u n titre qui lui a été conféré par l’Assemblée nationale.

13. Le 1er septembre, le Président tchadien a modifié le cadre national de dialogue politique de façon à ce qu’une plus grande partie de l’opposition et un plus grand nombre de femmes y soient représenté s. Toutefois, des partis d’opposition en désaccord avec le dirigeant officiel de l’opposition ont continué de rejeter ce cadre. Du 29 octobre au 1er novembre, le Gouvernement a organisé un deuxième forum national inclusif visant principalement à réviser la Constitution de 2018. Plusieurs groupes de l’opposition ont boycotté ce forum, tandis que d’autres n’ont pas été invités à y participer. Le 12 novembre, le Gouvernement a adopté une loi constitutionnelle portant création d’un poste de Vice-Président, lequel est nommé par le Président, et rétablissant le sénat et la cour des comptes, conformément aux recommandations issues du forum national inclusif.

14. Au Congo, le parti au pouvoir, le Parti congolais du travail, a commencé à préparer l’élection présidentiell e, prévue pour mars 2021. Le 12 août, l’Assemblée nationale a modifié la loi électorale de façon à établir des listes électorales spéciales et à autoriser le vote anticipé pour les membres des forces de défense et de sécurité. Par la suite, des groupes de l’opposition ont critiqué cette modification de la loi électorale et demandé que soit tenu un dialogue national inclusif sur la gouvernance électorale. Le Gouvernement a annoncé le 22 octobre que des consultations politiques auraient lieu en novembre et a publié le 26 octobre une liste révisée de 45 partis politiques autorisés à prendre part au dialogue, y compris des mouvements d’opposition. Plusieurs groupes de l’opposition ont affirmé que les conditions d’un dialogue inclusif et constructif n’étaient pas réunies.

15. En Guinée équatoriale, le Président, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a remanié le gouvernement le 20 août, en reconduisant Francisco Pascual Obama Asue au poste de Premier Ministre, dans un contexte de crise économique aggravée par la pandémie de COVID-19. Le 13 juillet, le Gouvernement a adopté un décret sur la lutte contre la corruption.

16. Au Gabon, les autorités ont concentré leur action sur l’atténuation des effets socio-économiques des crises sanitaire et pétrolière, tout en prenant des mesures pour améliorer la gouvernance publique et lutter contre la corruption. Le 16 juillet, le Président a nommé Rose Christiane Ossouka Raponda Première Ministre, faisant d’elle la première femme chef de gouvernement au Gabon. Le 17 juillet, un nouveau gouvernement composé de 32 membres, dont 10 femmes, a été annoncé, chargé de faire de la reprise économique, de la bonne gouvernance et de la cohésion sociale des priorités. Le 13 octobre, le Gabon a été élu au Conseil des droits de l’homme pour la période 2021-2023. Le même jour, la section gabonaise du Réseau des femmes d’influence en Afrique a été créée.

17. À Sao Tomé-et-Principe, les efforts visant à rétablir la confiance entre les acteurs politiques sur la base d’un engagement national en faveur de la réforme judiciaire sont restés discrets en raison de la polarisation de la scène politique. Le 31 juillet, l’Assemblée nationale a rejeté une motion de censure du gouvernement déposée par le parti d’opposition Acção Democrática Independente du Président Evaristo do Espírito Santo Carvalho, qui affirmait que le gouvernement avait mal géré la lutte contre la COVID -19. Le 18 septembre, le Président a remanié le gouvernement, qui est passé de 14 à 16 membres, dont trois femmes. Lors de la cérémonie de prestation de serment des nouveaux membres du gouvernement, le 21 septembre, le Président et le Premier Ministre, issus de partis politiques différents, ont tous deux souligné la nécessité de renforcer la coopération entre les institutions de l’État et de préserver la stabilité institutionnelle.

Tendances et faits nouveaux sur le plan de la sécurité
18. La violence a persisté dans les régions de l’Extrême -Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun. Dans ces deux dernières régions, on a continué de signaler des attaques contre les civils perpétrées par des groupes armés non étatiques et par les forces de sécurité, notamment des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture, des arrestations arbitraires, des destructions de biens, des attaques de représailles , des enlèvements et des viols et d’autres formes de violence sexuelle.

Le 31 juillet, les affrontements entre deux groupes armés séparatistes rivaux pour le contrôle de Lebialem, dans la région du Sud -Ouest, se sont soldés par quatre morts et 50 enlèvements. Le 13 août, trois personnes soupçonnées de sécessionnisme ont été arrêtées suite au meurtre, le 11 août à Muyuka, dans la région du Sud -Ouest, d’une femme accusée de collaborer avec les forces de défense et de sécurité. Le 1er septembre, un policier a été tué par ce que l’on soupçonne être des séparatistes armés et, le 2 septembre, les forces de sécurité et les séparatistes ont échangé des tirs dans le centre de Bamenda, dans la région du Nord -Ouest. Le 8 septembre, les autorités ont lancé une vaste opé ration visant à sécuriser la ville, qui continue à ce jour. Le 25 octobre, 7 écoliers ont été tués et 12 ont été blessés, et les 3 et 4 novembre, 6 autres enfants ont été enlevés, ainsi que 11 enseignants, lors d’attaques armées contre des écoles dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

19. Les conditions de sécurité dans les zones frontalières du Tchad restent précaires, ce qu’accentue l’instabilité dans plusieurs pays voisins. Dans le nord, le 7 septembre, le «Comité d’autodéfense de Miski», un comit é d’autodéfense autoproclamé, s’est retiré d’un accord signé avec le Gouvernement fin 2019, qui visait à assurer une exploitation plus consensuelle des ressources aurifères locales. On rapporte que le 3 septembre, des tireurs non identifiés ont tué trois s oldats tchadiens à Kouri Bougoudi, dans la province du Tibesti, une zone proche de la frontière avec la Libye où des orpailleurs étaient actifs. Le 8 octobre, le Gouvernement a ordonné la fermeture des exploitations aurifères illégales et l’expulsion des o rpailleurs illégaux. Dans l’est, les tensions entre les éleveurs arabes et les communautés agricoles non arabes ont persisté, bien qu’à un niveau plus faible qu’en 2019. Entre le 1 er juillet et le 30 septembre, de violents affrontements entre agriculteurs et éleveurs ont fait 36 morts et 99 blessés.

20. Dans le département du Pool au Congo, les efforts de stabilisation basés sur l’accord de cessez-le-feu de 2017 entre le Gouvernement et les rebelles Ninjas dirigés par Frédéric Bintsamou, alias Pasteur Ntumi, ont continué de piétiner. En l’absence de financements provenant du Gouvernement, la phase de réintégration des anciens combattants désarmés et démobilisés n’a pas commencé.

Boko Haram/bassin du lac Tchad
21. Le Cameroun et le Tchad ont continué de faire face à des attaques sporadiques et meurtrières menées par des factions de Boko Haram. Entre le 1 er juin et le 30 septembre, 310 atteintes à la sécurité impliquant Boko Haram auraient provoqué la mort de 148 civils au Cameroun, et 26 épisodes analogue s auraient fait 61 victimes civiles au Tchad. En septembre, 49 des 108 victimes civiles recensées dans la région du bassin du lac Tchad se trouvaient au Cameroun. Confirmant la tendance observée au deuxième trimestre de 2020, 89% de toutes les attaques perpétrées au Cameroun ont visé des cibles civiles. Au Tchad, les attaques ont visé à parts égales les civils et les militaires. Les femmes et les filles ont continué d’être tout particulièrement exposées aux violences sexuelles liées au conflit, telles que l’enlèvement, le viol, l’esclavage sexuel et le mariage forcé.

22. Des factions de Boko Haram ont dirigé des attaques contre des établissements humains et des pôles humanitaires. Le 1 er août, dans la région de l’Extrême -Nord du Cameroun, des militants de Boko Haram ont attaqué un camp de déplacés à Nguetchewe, tuant 18 civils. Le 1er septembre, 7 civils ont été tués et 14 ont été blessés dans un attentat-suicide à la bombe à Koyape, qui accueille des déplacés. Le 11 septembre, un attentat-suicide à la bombe perpétré par un militant de Boko Haram a tué 5 civils, dont un chef de village, à Zeleved. Le 31 juillet, dans la province du Lac au Tchad, Boko Haram a attaqué un camp de déplacés à Kalam, tuant 10 personnes et en enlevant 7 autres.

Armée de résistance du Seigneur
23. Selon l’organisation non gouvernementale Invisible Children, entre juin et octobre, une réduction des activités de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) a été constatée, qui coïncide avec la saison des pluies, pendant laquelle les factions de la LRA restent près de leurs bases principales. Dix -neuf personnes, dont 2 enfants, ont néanmoins été enlevées par la LRA au cours de cette période. Entre juin et octobre, 19 personnes qui avaient été enlevées il y a longtemps se sont échappées. On rappor te en outre que le 11 octobre, 3 garçons se sont échappés et ont été placés en détention par les forces de sécurité à Zangabai (République démocratique du Congo) et que le 12 octobre, une fille s’est échappée après cinq ans de captivité et a fui à Mboki, d ans le Haut-Mbomou (République centrafricaine).

24. Une série d’attaques de la LRA a été signalée en République démocratique du Congo à la fin mai et tout au long du mois de juin. Toutes les attaques, y compris une embuscade au cours de laquelle cinq civils on t été enlevés et un autre a été blessé, ont eu lieu dans le Bas-Uélé et le Haut-Uélé.

25. Des attaques menées par des groupes soupçonnés d’appartenir à la LRA ont également été signalées dans la préfecture du Haut -Mbomou en République centrafricaine. Le 24 septembre, un groupe soupçonné d’appartenir à la LRA a tendu une embuscade à deux commerçants sur la route reliant Obo à Bambouti. Le 28 septembre, un groupe soupçonné d’appartenir à la LRA a attaqué et pillé le village de Ligoua, enlevant un nombre indétermi né de personnes. Il a également enlevé trois hommes, une femme et son enfant à Koumboli le 30 juillet, un jeune handicapé dans la même zone le 2 août, et neuf hommes et six femmes à Obo le 27 septembre.

Sécurité maritime dans le golfe de Guinée
26. Selon un rapport du Centre interrégional de coordination pour la sûreté et la sécurité maritimes dans le golfe de Guinée, publié en octobre, 17 atteintes à la sécurité en mer ont été enregistrées entre juillet et septembre, dont 2 dans l’espace maritime de la CEEAC, des chiffres en baisse par rapport aux 27 incidents, dont 10 dans l’espace maritime de la CEEAC, qui ont été signalés pour le deuxième trimestre de 2020. Les groupes criminels continuent de chercher à commettre des enlèvements contre rançon, mais les m esures prises par les pays pour contenir la propagation de la COVID-19 semblent avoir entraîné une diminution de la criminalité maritime.

27. Le 23 septembre, le Gouvernement gabonais a annoncé que 115 migrants en situation irrégulière, dont 30 mineurs non accompagnés, venus du Nigéria, ainsi que leurs trafiquants, avaient été interceptés par la gendarmerie à Cap Esterias, au nord de Libreville. Les cas des trafiquants ont été soumis au Bureau du Procureur. Le 30 septembre, 30 autres migrants, pour la plupar t des jeunes filles et des femmes, ont été interceptés. Sur ces 145 migrants, 34 mineurs non accompagnés ont été placés dans des centres de transit pour enfants à Libreville avec le soutien du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Les autres ont été rapatriés dans leurs pays respectifs. À la demande du Gouvernement, l’ONU s’emploie à mettre en place des mécanismes de protection des migrants vulnérables et à renforcer la lutte contre la traite des êtres humains.

28. Du 23 au 25 septembre, le Gabon a organisé un atelier national sur la prévention de la piraterie et la lutte contre cette menace dans ses eaux territoriales. Les participants ont recommandé d’établir un mécanisme de coordination de la stratégie du pays en mer et de renforcer la coopération avec les autorités des États de départ ou d’origine des auteurs de crimes en mer. Effets des changements climatiques et écologiques et des catastrophes naturelles sur la stabilité de l’Afrique centrale

29. Dans toute l’Afrique centrale, les effets des changements climatiques ont continué d’exacerber les faiblesses qui existaient déjà et les causes profondes des conflits, notamment en aggravant la pénurie de ressources naturelles, en diminuant les moyens de subsistance, en provoquant des déplacements for cés et en intensifiant les conflits entre agriculteurs et éleveurs. Certaines parties de la sous -région ont à nouveau connu de graves inondations dues à des pluies trop abondantes. Les destructions de maisons, de biens, de récoltes et de champs qui en ont résulté ont menacé les moyens de subsistance de nombreuses populations dépendantes de l’agriculture et ont encore affaibli leur résilience.

B. Évolution de la situation humanitaire
30. Au Cameroun, la hausse de la violence dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, combinée aux effets de la pandémie de COVID -19, a fait grimper le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire, passé de 3,9 millions avant la pandémie à 6,2 millions à ce jour. Les partenaires humanitaires ont prévu de cibler 3,4 millions de personnes parmi les plus vulnérables en 2020. Au 30 septembre, le Cameroun accueillait près de 435 000 réfugiés et demandeurs d’asile, dont 312 750 réfugiés venus de la République centrafricaine et plus de 116 400 venus du Nigéria. Le pays comptait également près d’un million de déplacés et plus de 484 000 personnes rapatriées, principalement dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord. Le plan de réponse humanitaire révisé pour 2020 nécessitait des crédits d’un montant de 391 millions de dollars, dont 43% avaient été reçus à la mi-novembre.

31. Au Cameroun, l’insécurité généralisée dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a entraîné une hausse des atteintes contre les civils, causé des déplacements forcés et restreint l’accès humanitaire. Au 30 septembre, 61 000 Camerounais et Camerounaises avaient cherché refuge au Nigéria. En août, on comptait environ 409 000 déplacés dans ces deux régions, qui demeuraient exposées à de grands risques, notamment à d es taux élevés de violence sexuelle et fondée sur le genre. On comptait également près de 361 000 rapatriés dans ces deux régions. En outre, 302 000 personnes s’étaient déplacées vers d’autres régions du Cameroun.

On estime que la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest a empêché environ 700 000 enfants d’aller à l’école. Face à l’augmentation des risques et des menaces auxquels faisaient face les élèves et les enseignants, les partenaires humanitaires ont continué d’aider les enfants qui devai ent passer des examens généraux avant la réouverture complète des écoles le 5 octobre.

32. Les attaques contre le personnel et les établissements humanitaires, sanitaires et éducatifs dans les régions du Nord -Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun ont augmenté depuis juin. On rapporte que le 30 juin, les forces de sécurité ont endommagé un établissement sanitaire dans la région du Nord -Ouest et que, le 6 juillet, elles ont arrêté arbitrairement sept travailleurs sanitaires dans la région du Sud -Ouest. En juillet et août, des groupes armés non-étatiques ont tué au moins deux agents humanitaires, enlevé plusieurs autres et bloqué la distribution de nourritures dans les deux régions, contraignant les organismes d’aide à y suspendre temporairement l’assistance humanitaire.

33. Au Tchad, de multiples crises, aggravées par la pandémie de COVID-19, ont continué de toucher plusieurs parties du pays, exacerbant la malnutrition et l’insécurité alimentaire ainsi que l’épidémie de chikungunya qui y sévit. Les partenaires humanitaires ont estimé à 6,4 millions le nombre de personnes qui auraient besoin d’une aide en 2020 et ont prévu d’en cibler 3,8 millions parmi les plus vulnérables, un chiffre près de deux fois plus élevé qu’en 2019. Le montant de 664 millions de dollars demandé dans le plan de réponse humanitaire global révisé pour 2020 n’était financé qu’à hauteur de 41% au 5 novembre. Au 31 octobre, le Tchad accueillait plus de 484 000 réfugiés, dont 95 000 venus de la République centrafricaine et plus de 336 100 déplacés.

34. Au Congo, l’ONU a poursuivi ses interventions humanitaires dans les départements de la Likouala, de la Cuvette, de la Sangha et des Plateaux, touchés par les inondations, et ont établi un couloir humanitaire pour assurer le transport des fournitures et du personnel humanitaires en appui à la lutte contre la COVID-19. En octobre, des inondations causées par de fortes pluies ont touché au moins 81 000 personnes dans ces quatre départements. Le Gouvernement y a déclaré l’état d’urgence et a demandé l’aide de l’ONU. L’insécurité alimentaire, qui s’est aggravée en raison de la pandémie de COVID-19, touche 700 000 personnes, dont un tiers des habitants de Brazzaville.

35. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a facilité le rapatriement de réfugiés burundais qui ont décidé, en toute connaissance de cause, d’être rapatriés. Depuis que les rapatriements ont repris au départ du Rwanda le 27 août et au départ de la République-Unie de Tanzanie le 2 juillet, 24 606 réfugiés burundais ont été aidés à rentrer chez eux – 24 606 en 10 convois au départ du Rwanda, 18 502 en 42 convois au départ de la République-Unie de Tanzanie et 1 154 en 4 convois au départ de la République démocratique du Congo. Ces rapatriements se sont déroulés dans le cadre d’accords t ripartites conclus entre le Gouvernement burundais, le HCR et les Gouvernements du Rwanda, de la République -Unie de Tanzanie et de la République démocratique du Congo, respectivement. Tous les rapatriés ont effectué un test de dépistage de la COVID-19 et ont bénéficié de conseils avant leur départ.

Boko Haram/bassin du lac Tchad
36. La crise du bassin du lac Tchad a contraint près de 322 000 Camerounais et quelque 336 100 Tchadiens à se déplacer à l’intérieur de leur pays et plus de 130 000 Nigérians à fuir au Cameroun et au Tchad. La population du bassin du lac Tchad a continué de souffrir d’épidémies, notamment de choléra, de rougeole et de poliomyélite, et de voir leurs terres et leurs biens détruits par de fortes inondations.

37. Dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, les activités de Boko Haram, dont l’effet est aggravé par la vulnérabilité chronique de la zone et par les effets grandissants des changements climatiques, ont rendu 1,2 million de personnes dépendantes d’une aide d’urgence. Au 30 septembre, on comptait environ 114 500 réfugiés nigérians, 322 000 déplacés et 123 000 rapatriés dans cette région, qui faisait face à des risques élevés en matière de protection. Les populations locales ont elles aussi été fortement touchées.

38. Au 31 octobre, plus de 15800 réfugiés nigérians, 336 100 déplacés et 57 300 rapatriés avaient été enregistrés dans la province du Lac au Tchad, dont la moitié de la population a été déplacée en raison de l’insécurité et des inondations. Les préoccupations en matière de protection se sont également accrues, les femmes et les filles étant exposées à un risque plus élevé de violence sexuelle et fondée sur le genre et ayant un accès limité aux soins de santé du fait de la pandémie de COVID-19. Plus de 231 000 personnes étaient touchées par l’insécurité alimentaire dans la province en septembre.

C. Évolution de la situation relative aux droits humains
39. Malgré les mesures prises par la plupart des États de la sous-région pour désengorger les prisons dans le contexte de la pandémie de COVID -19 en réponse à l’appel de la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, les prisons d’Afrique centrale n’appliquent pas encore l’Ensemble de règles minima des Nations Unies pour le traitement des d étenus (Règles Nelson Mandela). Une surpopulation carcérale, des mauvais traitements et des actes de torture ainsi que des arrestations arbitraires, des enlèvements et des disparitions forcées ont été signalés dans plusieurs pays.

40. Les organisations de défe nse des droits humains ont recensé des abus de la part des forces de défense et de sécurité nationales dans le cadre de l’application des mesures visant à contenir la propagation de la COVID-19. Le 30 juillet, au Tchad, la Commission nationale des droits d e l’homme a exhorté le Gouvernement à prendre des mesures pour mettre fin aux abus de la part des forces de défense et de sécurité. En Angola, le 25 août, les organisations de défense des droits humains ont fait état du meurtre d’au moins sept jeunes homme s par les forces de sécurité entre mai et juin. Les autorités angolaises ont déclaré qu’il s’agissait d’incidents isolés et que les auteurs avaient été sanctionnés.

41. Au Cameroun, entre août et octobre, l’ONU a reçu des informations crédibles faisant état de meurtres, d’actes de torture et de mauvais traitements infligés à des civils par des groupes armés non étatiques et par les forces de sécurité. Le 25 octobre, 7 écoliers ont été tués et 12 blessés lors d’une attaque armée contre une école à Kumba, dans la région du Sud-Ouest. Le Gouvernement a annoncé l’ouverture d’une enquête. Les 3 et 4 novembre, 11 enseignants et 6 enfants ont été brièvement enlevés lors d’attaques armées contre quatre écoles à Limbe et Kumbo, dans la région du Sud – Ouest, et à Bamenda et Fundong, dans la région du Nord -Ouest. Le 5 novembre, le cardinal Christian Tumi a été kidnappé par ce que l’on soupçonne être des combattants séparatistes dans la région du Nord-Ouest,

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