Nœuds gordiens de la sécurisation du continent

Par Zacharie Roger Mbarga

La quatrième édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité était ancrée sur l’actualité saharo-sahélienne. Placé sous le thème « Défis sécuritaires en Afrique: pour des solutions intégrées», les échanges étaient tournés sur le rôle de premier plan des africains dans la résolution des conflits qui minent le continent. Les solutions endogènes ont davantage porté sur les aspects de militarisation plutôt que sur la réduction de la pauvreté et le développement. Les réalités sur le terrain, notamment le chômage et le désœuvrement demeurent pourtant le terreau fertile de l’engagement des jeunes dans les nébuleuses djihadistes. D’où l’étonnement d’un participant de la société civile « On ne nous parle que de gommer les terroristes, de forces militaires, alors que ce rendez-vous est placé sous le signe des « solutions intégrées » ».

Dans le fond, l’adéquation et l’adaptation des missions de sécurisation des zones de conflits étaient la préoccupation majoritairement partagée. Pour évoquer le cas du Mali, Amandine Gnanguênon, chercheuse associée à l’université d’Auvergne, évoque « une opération du maintien de la paix peu adaptée à l’évolution de l’instabilité dans la sous-région et aux phénomènes complexes de radicalisation à l’œuvre». Pour elle, « On ne peut pas maintenir la paix quand l’un des acteurs ne veut pas faire la paix et a manifestement fait du dialogue une manière de gagner le temps », rapporte RFI.

Pour le Président Macky Sall, hôte de ce forum, « Nous devons faire très attention aux schémas que nous mettons en œuvre avant d’agir. Il faut se garder des solutions toutes faites, conçues et appliquées sans concertation avec les AfricainsLes interventions sont souvent pires que le mal qu’elles étaient censées soigner. Comme il ne fait pas midi partout en même temps, chaque pays a une histoire, une expérience et des spécificités dont il convient de tenir compte. C’est extrêmement important pour les réponses que nous voulons trouver par rapport aux défis du terrorisme ». Il a ainsi appelé à une refondation des opérations de maintien de la paix (OMP) de l’ONU.

Le Président de la Commission de l’Union Africaine dira dans la même veine que « dans la plupart des situations marquées par une violence asymétrique, les missions de maintien de la paix, lorsqu’elles sont déployées, éprouvent des difficultés à s’adapter à l’environnement dans lequel elles sont censées opérer. Elles manquent de flexibilité et les limites qu’imposent leur plan et leurs règles d’engagement handicapent leur efficacité d’action. Quelquefois, elles sont contraintes de consacrer l’essentiel de leur effort à leur propre protection au détriment de la mise en œuvre des tâches de protection des civils et d’appui de la mise en œuvre des accords de paix ». Cette idée trouve de l’écho après les retards considérables pris par la mission mobile et opérationnelle du G5 Sahel (Mali, Niger, Mauritanie, Burkina Faso et Tchad). Les appuis extérieurs censés être des appoints sont finalement des financements sine qua non des missions de paix et de sécurité.

Bon à rappeler, les légions étrangères sur le sol africain ont pour fondement la protection des intérêts très souvent en contradiction avec les attentes des populations locales. C’est le substrat de la sécurité en Afrique, marché de 2,5 milliards d’habitants en 2050. Lorsqu’il est même évoqué l’approfondissement des partenariats stratégiques en vue de la montée en puissance et la pérennisation des capacités des Etats africains pour la gestion des défis migratoires et du terrorisme, Antoine Glaser, journaliste français estime que « le choix ne sera dicté ni par les politiques ni par les chercheurs, mais par les industriels français de la défense qui ont été particulièrement nombreux à participer au Forum dans le sillage de la délégation défense. Ils ont profité de l’annonce par le ministre Jean-Yves Le Drian du projet de la France de créer prochainement à Dakar une école de cyber sécurité pour proposer à leurs partenaires africains leur savoir-faire dans le domaine ».

L’appropriation par l’Afrique de l’infrastructure de défense de son territoire passe par son autonomie économique, intellectuelle, financière et militaire. Le risque aujourd’hui, c’est de voir des terroristes vaincus ailleurs chercher des zones de repli en Afrique. Les conséquences de ces interventions, nous les vivons au Sahel, sont souvent pires que le mal qu’elles étaient censées soigner. Paul Kagame, qui présidera l’UA en 2018, exhorte ses pairs africains à se prendre en main : « si nous laissons les autres définir nos défis et prendre la responsabilité de régler nos problèmes, nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-mêmes ». Les causes profondes de la radicalisation devraient toujours constituer la préoccupation majeure.

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