INTEGRATION

Vous êtes ici : Accueil Supplément Afrique Centrale Sur le terrain Fret routier en zone Cemac: Les camionneurs camerounais aux abois
Intgration.jpg Philpa.jpg Tous-unis-pour-le-Cameroun-650x91.jpg bandeau.jpg

Fret routier en zone Cemac: Les camionneurs camerounais aux abois

Écrit par  Aboudi Ottou

Sous la conjugaison de plusieurs facteurs, les professionnels du transport des marchandises ont perdu pratiquement 50% de leurs parts de marché.

Le dernier coup reçu par les camionneurs camerounais vient du Nigéria. Selon le Bureau de gestion du fret terrestre (BGFT), les marchandises en partance pour le Tchad et la République Centrafricaine (RCA) transitent de plus en plus par le port de Lagos devenu plus compétitif que celui de Douala notamment à cause de la chute du naira (la monnaie nigériane). La perte de compétitivité du port de Douala vis-à-vis de celui de Lagos et l’insécurité sur le corridor Douala-N’Djamena (du fait de Boko Haram) et sur le tronçon Douala-Bangui (du fait de la crise en RCA) auraient réduit l’activité de camionnage de 2 à 4%. La marchandise en transit qui représentait antérieurement entre 10 et 12% de l’activité oscillerait aujourd’hui entre 8 et 10%. 

A cette concurrence externe, s’ajoute un rétrécissement du segment le plus important du marché du transport des marchandises au Cameroun à savoir le fret interne. La contraction de ce volet de l’activité est le fait de la décision prise par certaines grandes entreprises industrielles, certains marqueteurs et grands commerçants de constituer leur propre flotte de camions pour distribuer eux-mêmes leurs produits sur l’ensemble du territoire. Selon les simulations du BGFT, le transport de marchandise pour compte propre représenterait aujourd’hui 45% du transport routier national des marchandises. D’où une perte pour les professionnels de plus de 75 milliards de francs CFA pour un marché qui affiche actuellement un chiffre d’affaire évalué à plus de 175 milliards. 

 

Déclaration de guerre 

Face à cette situation, une plateforme des syndicats des transporteurs chapeautés par le BGFT a donc déclaré la guerre au transport clandestin de marchandise et celui pour compte propre. A côté d’autres actions de lobbying, ces syndicats donnent annuellement, au moins depuis 2016, une conférence de presse pour demander au gouvernement de mettre un terme cette activité. De fait, l’acquisition par Dangote Ciment Cameroon, une cimenterie détenue par le milliardaire nigérian, de 200 camions pour la distribution de son ciment à travers le pays a constitué la goutte d’eau qui a débordé le vase. Comme lors de la rencontre avec les journalistes en 2016, les camionneurs professionnels brandissent, ce 24 juillet 2017, deux arguments: l’illégalité de l’activité et son impact sur les recettes fiscales du pays. «Le transport pour compte propre, puisqu’il convient de l’appeler ainsi, plombe littéralement l’activité des professionnels. C’est un transport hors coordination, qui échappe à toute réglementation et s’effectue sans compensation aucune pour l’Etat. Il s’agit en fait d’un transport clandestin», résume Jean Louis Mevoungou, le secrétaire général de la Confédération générale des syndicats de transports du Cameroun (C.G.S.T.C). 

Au Cameroun, c’est une loi adoptée le 23 juillet 2001 qui régit les professions de transporteur routier et d’auxiliaire des transports routiers. Pour justifier l’accusation d’illégalité affublée au transport pour compte propre, certains syndicats citent l’article 6, alinéa 2 et l’article 13 de ce texte. Le premier interdit l’activité aux étrangers, exception faite de ceux qui y sont «autorisés en vertu des conventions internationales, ou d’accords bilatéraux entre le Cameroun et leur pays d’origine». Et le second considère comme «infraction à la présente loi et aux textes pris pour son application, l’exercice de la profession de transporteur routier ou d’auxiliaire des transports routiers sans licence ou autorisation préalables; l’exploitation d’une licence ou d’une autorisation louée, prêtée, cédée ou transférée ; l’utilisation d’un véhicule à usage personnel pour le transport public de personnes et/ou de marchandises à usage commercial ; le transport interurbain ou international de marchandises ou de personnel sans la lettre de voiture ou le bordereau de route requis».

 

Discrétion 

Depuis que les professionnels du transport du fret terrestre claironnent, le ministère des Transports à qui la loi confie la charge de documenter les infractions dans le secteur en vue du déclanchement d’une action judiciaire reste inactif. Jouant sur le contexte actuel de rareté de recettes budgétaires, les camionneurs sortent l’arme des pertes fiscales dues au transport pour compte propre. A les en croire, en laissant prospérer ce type de transport, l’Etat perd annuellement un peu plus de 14,5 milliards de francs CFA en terme de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qu’il aurait collecté si l’activité avait été externalisée et confiée aux camionneurs. Si à ce montant, l’on ajoute les 4,5 milliards de droit de timbre annuel sur les lettres de voiture obligatoire et 961 millions de droit de timbre annuel sur les bons de chargement sur le transit, l’Etat pourrait potentiellement engranger 20 milliards de francs CFA pour son budget 2018, assurent-ils.  

Estimé à plusieurs centaines, les entreprises qui se livrent aux transports de marchandises pour leur propre compte brillent pour l’instant par leur silence. Un peu comme si elles étaient conscientes d’être dans l’illégalité. Seul Dangote Ciment Cameroon, nommément indexé par les syndicats a réagi tout en se gardant d’évoquer l’aspect juridique du conflit. Pour justifier son choix, la société allègue notamment la recherche de l’efficacité dans un marché camerounais de ciment devenu fortement concurrentiel. Une demi-dizaine de cimenteries est en effet installée dans le pays. Et pour l’industriel nigérian, les camionneurs camerounais ne sont pas à la hauteur. Sur cet aspect, Dangote a reçu le soutien de la Banque mondiale. Dans un rapport publié en avril dernier, l’institution de Bretton Woods estime en effet que les transporteurs camerounais offrent un service médiocre mais un niveau élevé des prix de transport.  

Même si la plateforme des syndicats des professionnels du transport routier avoue que 70% de son parc automobile est âgé d’au moins 25 ans, il rejette en bloc les arguments d’inefficacité. «La stratégie globale de Dangote est une absurdité inacceptable. Quand vous êtes une industrie, vous dites, j’ai besoin de vos services, j’ai besoin de camions neufs et vous passez un contrat pour un nombre d’année déterminées. Avec le contrat, je vais à la banque et je m’endette. C’est ce qu’aurait dû faire Dangote. Mais, il a refusé de signer des contrats aux Camerounais», s’enrage El Hadj Oumarou, le coordonnateur du BGFT. En février dernier, Paavo Wiro, le manager de Dangote Ciment Cameroon, rétorquait pour sa part que seuls 20% des 900 000 tonnes de ciment vendues en 2016 ont été distribués par les camions de l’entreprise.

Lu 41 fois

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

-01.jpg -02.jpg -03.jpg -04.jpg -05.jpg -06.jpg -07.jpg -08.jpg -09.jpg -10.jpg -11.jpg -12.jpg Deutsche_Welle_Logo.jpg FB_IMG-664x469.jpg Insert-Eneo-Recrute-664x469.jpg Pub p12-664x469.jpg Tous-unis-pour-le-Cameroun-664x469.jpg insert-Araucaria-2016-664x469.jpg

Nous contacter

    • Journal Intégration

    • Adresse :

      Quartier Nkomkana, Immeuble Diane

      (face station service Total)

    • BP : 33 266 Yaoundé-Cameroun

    • Tél : +237 676 203 709

              +237 699 931 042

              +237 243 296 303

    • Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

                  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Vous êtes ici : Home Supplément Afrique Centrale Sur le terrain Fret routier en zone Cemac: Les camionneurs camerounais aux abois