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Gestion des ressources naturelles: Les Etats de la Cemac dos au mur

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou

Les entreprises sommées de dire combien elles versent aux Etats. Qui à leur tour doivent rendre compte des encaissements y relatifs. Les auditeurs indépendants sollicités pour certifier la véracité des flux financiers déclarés. Désormais, les ressources naturelles doivent servir à créer la stabilité et non à financer la corruption. La huitième édition de la Journées Cemac remet au goût du jour la nécessité du réajustement des mécanismes de gouvernance pour faire face à la conjoncture économique défavorable. 

 

Gestion des ressources naturelles: La sous-région veut conjurer la malédiction

La huitième édition de la Journées Cemac remet au goût du jour la nécessité du réajustement des mécanismes de gouvernance pour faire face à la chute des prix des richesses naturelles.

L’Afrique centrale est une région riche en ressources naturelles. Les produits agricoles de rente (cacao, café, coton) et plusieurs variétés de cultures vivrières y sont produits. Ses côtes sont riches en ressources halieutiques. Son massif forestier constitue le deuxième poumon de l’humanité après celui de l’Amazonie. Le pétrole y représente en moyenne 80 % des exportations. Pour l’ensemble de la Cemac, l’or noir représente en moyenne 37 % du produit intérieur brut et plus de la moitié des recettes fiscales. Bien que ne représentant que 12 % de la production africaine, le pétrole est quasiment l’unique produit d’exportation dans la région, puisqu’il contribuait pour près de 79 % des exportations totales de la Cemac en 2005. Ces évolutions globales masquent certaines disparités. En dehors du Cameroun où le pétrole constitue «seulement» 40 % des exportations totales du pays, la Cémac se situe au-delà de 80 % pour les quatre autres pays, et peut parfois atteindre 87 % au Congo, voire plus de 92 %, comme en Guinée Equatoriale. En 2005, les recettes pétrolières s’élevaient à plus de 6 063 milliards de F CFA pour l’ensemble Cemac (BEAC, 2006). 

 

Paradoxe

Malgré cette richesse particulière des pays de la sous-région, la pauvreté est rampante, et elle s’illustre dans l’étude par les trajectoires économiques qui ont révélé une stagnation de la croissance et une dégradation des indicateurs humains. Le paradoxe de la richesse en Afrique centrale s’en trouve ainsi prouvé.  Prenant position sur cette problématique, la Commission de la Cemac a choisi de s’arrimer au contexte actuel, marqué par la chute des ressources naturelles (le pétrole notamment) et l’insécurité. D’où le thème de la huitième édition de la Journée Cemac: «Ressources naturelles : enjeux et défis». Pour Jean Tchoffo, le secrétaire général du ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), «il est temps de se réveiller !». Raison de cette interpellation ? La malédiction des matières premières. Avec une question centrale: où va l’argent du pétrole, de l’or, du gaz, ou de l’uranium? «Les citoyens ont de droit de connaître le volume de richesses qui sont tirées des ressources de leur pays; sinon c’est une entorse à la souveraineté primaire des peuples», a lâché le SG du Minepat le 10 mars 2016, à l’occasion de la cérémonie de lancement des activités de cette année à Yaoundé.

 

Erreurs du passé

Pour mettre fin à cette opacité, source de corruption, de mauvaise gouvernance et d’entrave au développement, la Commission de Cémac interpelle l’ensemble de la communauté. L’idée? Que les entreprises disent combien elles versent aux Etats. Que les Etats rendent compte de ce qu’ils reçoivent. Que des auditeurs indépendants certifient la véracité des flux financiers déclarés. Enfin, la bonne gouvernance peut consolider les progrès réalisés dans ces deux domaines. Les ressources naturelles doivent servir à créer la stabilité et non pas à financer la corruption. Meilleur moyen de soutenir l’émergence d’une classe moyenne sous régionale qui sera en mesure de reproduire le cercle vertueux «éducation, emploi et meilleur niveau de vie». L’heure est donc à l’enterrement des illusions nées du fait que l’afflux soudain de recettes massives a tendance à faire espérer une hausse des dépenses publiques. Les erreurs constatées dans plusieurs pays sont de divers ordres: exacerbation de l’indiscipline budgétaire, relâchement excessif de la politique budgétaire et à un faible taux d’épargne, investissements publics dans des projets superflus ou improductifs, et une augmentation de la dette souveraine. Face à cela, tout rappelle la nécessité d’une plus grande diversification des économies de la sous - région. Celle-ci, pense-t-on à la Commission de la Cemac, devrait s’appuyer sur plusieurs leviers (les gouvernements, le secteur privé, l’intégration des peuples, les ressources humaines, la transformation locale et les partenaires au développement). 

En rappel, la Journée de la Cemac a été instituée par l’Acte additionnel N°22/08-CEMAC-CCE-09 du 25 juin 2008 stipulant qu’elle doit être organisée le 16 mars de chaque année, date anniversaire de la signature du Traité créant la Cemac en 1994 à N’Djaména, la «Journée de la CEMAC» a été instituée par la Conférence des chefs d’Etat, le 25 juin 2008, à Yaoundé. La première édition a été lancée le 16 mars 2009.


 

Réactions

 

Jean Tchoffo, Secrétaire général du Minepat

«Les économies de la sous-région peuvent fortement se relever»

Compte tenu de l’économie du Cameroun, et nous le savons d’ailleurs tous et compte tenu des difficultés que nous rencontrons sur le marché international, et au regard du potentiel des pays de la sous-région, nous avons de l’or en Centrafrique, du pétrole en Guinée Equatoriale, au Cameroun le fer et bien d’autres minerais dont je ne saurais énumérer ici, et si tout ce potentiel est exploité, on se rend compte que les économies de la sous-région peuvent fortement se relever. Pour le moment, on vient de mettre récemment sur pied la force multinationale et qui est entrée, il y a deux ou trois mois les différents responsables ont été installés et les résultats se font déjà noter sur la coordination des opérations qui est faite entre le Cameroun et le Nigeria. Dans les différents médias, on note également deux victoires éclatantes de la dite force où on a pu récupérer plus de 800 otages qui étaient entre les mains de Boko Haram depuis plus de trois ans. Je crois que cela est très significatif et d’autres efforts sont en train de faire avec les partenaires, nous avons les américains qui sont installés à Maroua et qui sont en train d’appuyer et comme disait tout à l’heure le SG du Minepat, au niveau de la RCA, on se dit qu’avec l’élection du président Archange Touadera, la RCA va se remettre sur pied et les Centrafricains vont s’asseoir et dès que le désordre va finir et nous sommes convaincus que d’ici peu on va vaincre l’insécurité qui est entrain de vouloir s’installer dans la sous-région


 

Faustin Ndzana, représentant adjoint de la Commission de la Cemac

«Ramener la CEMAC vers les peuples»

C’est la 8è fois qu’on participe à cette activité et le gouvernement camerounais a toujours mis les moyens à travers le Minepat. C’est l’occasion pour moi au nom du président de la commission de la CEMAC de remercier le gouvernement camerounais pour les appuis qu’il ne cesse de nous accorder. Je profite également pour remercier les associations des jeunes qui nous ont également accompagnés tels que la Synergie des Jeunes de la Cemac et bien d’autres. Cette fois, il y a beaucoup plus d’engouement et tout à l’heure, j’en ai discuté avec le SG du Minepat, nous avons émis un souhait celui qu’à l’avenir qu’on essaie d’intégrer les délégués régionaux du Minepat pour l’animation de cette journée. Cela va davantage vulgariser l’action de la commission de la CEMAC qui voudrait porter comme le président de la commission de la CEMAC ne cesse de le dire : la CEMAC des peuples. Donc on voudrait ramener maintenant la CEMAC vers les peuples afin que l’intégration devienne véritablement effective et brisé les petits élans actuels de blocage que nous constatons de part et d’autre.


 

Agnès Sandrine Bahida, Secrétaire exécutive de Synergies des jeunes de la Cemac

«Les jeunes se sentent à l’écart»

SJ-CEMAC est justement né et s’est inspiré d’un discours des chefs d’Etat qui crée cette journée. Elle est dédiée à la sensibilisation des populations au sujet de l’intégration et du renforcement de l’esprit communautaire. Donc nous avons pensé qu’il fallait regrouper les jeunes pour ramener le généreux message d’intégration auprès des populations à la base. Cette journée est salutaire pour nous. Et notre souhait est que les prochaines éditions soient meilleures parce que pour cette édition les jeunes ont été mis à l’ écart pendant l’organisation une fois de plus.


 

Pont sur le Ntem: au-delà de la carte postale

L’ouvrage vanté depuis plus d’une décennie comme facteur d’intégration catalyse plutôt des frustrations et alimente le sentiment d’exclusion entre le Cameroun et le Gabon.

«Intégration». C’est le nom, assez inattendu, d’un club à la fois populaire et branché, niché à l’extrémité ouest  du Marché mondial. Ici à Abang-Minko’o (Sud-Cameroun), c’est un label. On y sert des toasts ou des bouillons de viande de brousse, dans une ambiance bruyante, rythmée par le bruit assourdissant des musiques camerounaises, gabonaises et équato-guinéennes. Armella, la jeune serveuse, ne sait pas qui a eu l’idée de baptiser ainsi le cabanon: «Ça date de l’époque où les Camerounais avaient été expulsés du Gabon». Tout à côté, Elcador Minlo’o a des compléments d’informations. Pour cet homme au visage d’octogénaire, c’est un lieu mythique, trop  associé à un triste souvenir. «On chassait les gens là-bas (du Gabon, NDLR) et comme en ce moment-là on nous bourrait les oreilles avec le mot «intégration», les Camerounais chassés se sont arrêtés ici et chantaient «Intégration ! Intégration !». Entre deux gorgées de bière, le vieillard maugrée des termes sur fond d’une volée de critiques: «Intégration… Intégration… Udéac…Cémac…Et puis quoi encore ?» Et puis, son coup d’assommoir: «Tout çà, c’est le mensonge !» Ce 26 février 2016, le ministre camerounais de l’Agriculture et du Développement rural (Minader) effectue un crochet au Marché mondial. Le cri Elcador Minlo’o  revient comme une plainte, comme une colère, sitôt que l’on écoute les citoyens camerounais, gabonais et équato-guinéens rencontrés ici. Chacun a une mésaventure à raconter. S’il faut utiliser la métaphore de la peau, la frontière naturelle entre le Cameroun et le Gabon est une cicatrice pour eux, une boursouflure durable qui strie leurs esprits. Marqueuse des conflits passés et de leurs résolutions, sa force symbolique est telle qu’elle a du mal disparaître. Lucien Abessolo, l’adjoint au régisseur du marché le dit à Henri Eyebe Ayissi: «ce marché est le seul espace où s’apprivoisent trois publics, celui du Cameroun, celui du Gabon et celui de Guinée Equatoriale. Mais à la frontière entre le Gabon et le Cameroun… çà ne passe pas !» Déroulant un long mémoire sur la libre circulation des biens et des personnes au sein de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale (Cemac), Lucien Abessolo révèle au Minader la réalité à l’une comme à l’autre extrémité du pont sur le terrain. Il cite d’importants travaux portant atteinte aux flux des hommes et des marchandises: renforcement d’effectifs, chiens renifleurs, nouvelles barrières (côté gabonais) et multiplication des contrôles (côté camerounais).

 

Birème sur le Ntem

Le 20 novembre 2005, lorsqu’il a été inauguré, tous les commentateurs et spécialistes de la sous-région avaient puisé dans la litanie de métaphores évoquant une matérialisation de la libre circulation entre «les deux cousins». Le pont sur le Ntem à Eboro (un ouvrage mixte bipoutre acier-béton, à deux voies, long de 180 mètres et une large de 10,5 mètres,  a coûté 4,6 milliards de F CFA) constituait l’heureuse fortune des dirigeants camerounais, gabonais et équato-guinéens. Et même l’ivresse qu’avait entraînée en janvier 2014 l’annonce de l’effectivité de la libre circulation s’est effondrée. Elle s’est noyée dans une cruelle désillusion. «On pensait que cette décision des chefs d’Etats allait faire changer les choses mais la même galère continue d’exister», renseigne Lucien Abessolo.  A l’écouter,  le pont sur le Ntem  semble avoir perdu son essentielle mission: l’intégration des peuples. Aujourd’hui, la seule véritable expérience que les usagers peuvent faire de cet espace frontalier reste de le traverser, avec plus ou moins de facilité. «Pour nous qui venons du Gabon, entrer au Cameroun n’est toujours pas aisé. La traversée pour nous commerçants est  d’une simplicité qu’on ne peut atteindre qu’avec beaucoup d’argent», peste Raoul Bouzié à la cabine de sa camionnette vide. Depuis deux jours, il dit avoir écumé les postes de douanes, de gendarmerie, de police et des eaux et forêts camerounais. «Je n’arrive pas à traverser faute de laissez-passer, c’est terrible !», lance-t-il sans réticence. En fait de «laissez-passer», Olive Mengata (pédiatre), en a besoin pour se rendre à Ekoum-Tol (près d’Ambam). La Camerounaise, mariée à un Gabonais depuis quatre ans, est désormais classée «Gabonaise». Sur le sujet, elle n’a pas grand-chose, sinon un conjoncturel coup de projecteur sur la question des alliances: «Je crois que le mariage entre natifs des pays de la Cémac doit être aussi débattu par les chefs d’Etats», ironise-t-elle. Sous le soleil brûlant de ce 26 février, Olive Mengata ajoute: «Ce qui se passe ici nous oblige à écouter les dirigeants d’Afrique centrale avec une attention flottante. Parce qu’ils proclament de grands principes qui ne sont pas mis en application. La libre circulation est un leurre visant à dissimuler toutes les impuissances et tous les renoncements. C’est un mensonge éhonté à soi-même adressé. Dans l’espace Cémac, il renvoie nations et individus chacun pour sa gueule, rendant l’intégration sous-régionale réductible à un fait divers parce que aujourd’hui justement, la symbolique frontalière reste attachée à la ligne de la violence qui lui est sous-jacente.» A ce pamphlet, l’adjudant-chef major Essombé Martial répond: «les fonctions frontalières contemporaines se distribuent «en amont» et «en aval» de la limite internationale elle-même: tout ce qui circule, hommes, capitaux, marchandises, est susceptible d’être contrôlé dans des nœuds des réseaux de circulation où la frontière se déplace de façon éphémère. On dit que la frontière se pixellise. On pense bien sûr aux contrôles d’identité dans nos gares et aéroports, à l’intérieur de notre territoire national. Le rôle principal des forces de l’ordre ici est bien de trier, voire d’«articuler» les flux …» Dans l’interstice entre la sécurité et la libre circulation sur le pont, il est difficile d’opposer frontière ouverte et fermée, les check-point constituant la caricature de cette dernière catégorie. 

 

Faits divers

En arrière-plan des postes de contrôle côté camerounais, de misérables faits divers battent la mesure du quotidien. Dans la nuit du 27 au 28 novembre 2015, apprend-on, une pirogue ayant à son bord quatre personnes a coulé. Les corps gonflés d’un Gabonais et de trois Camerounaises ont été découverts dans l’angle mort du fleuve. De mémoire, l’adjudant-chef major Essombé Martial énumère depuis 2005, onze cas de noyade des personnes tentant de traverser le Ntem à l’aide d’une pirogue dérisoire. Le sous-officier de la gendarmerie révèle qu’à partir du Cameroun ou du Gabon, des gens ont bricolé un passage. «C’est là-bas que s’entremêlent des strates multiples de brigandages marchands et autres escroqueries tous dans un fourre-tout alibi de prétendues tracasseries tant côté gabonais que côté camerounais. Il s’agit tout aussi bien d’une forme de criminalité en bande que de stratégie de survie. Et l’ironie, c’est que les jeunes filles qui veulent se rendre au Gabon préfèrent toujours les mauvais garçons !», souligne le pandore. A ce propos, la rumeur rapporte que parfois sur le pont, certains agents de police ont recours au tirage au sort pour les faire passer. Cette loterie tend même à se substituer à la sinistre règle des contrôles qui veut, dans cet espace, que le premier arrivé soit le premier servi. Jusque-là contenue à quelques enjeux spécifiques, la gestion par défaut de l’entrée au Gabon ou au Cameroun atteste des contradictions d’un système qui interdit la sélection, mais qui ne peut absorber l’ensemble des candidatures. Un système qui conduit mécaniquement les usagers vers des pistes de contournement. 

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