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Hans De Marie Heungoup: «L’absence d’alternance et le non renouvellement de la classe politique sont crisogènes»

Écrit par  Aboudi Ottou

Pour ce politologue, chercheur à l’International Crisis Group analyse les risques, la situation politique actuelle en zone Cemac constitue un risque d’instabilité.

International Crisis Group (ICG) n’a de cesse d’alerter sur les risques d’instabilité dans la Cemac. Quatre élections présidentielles s’y sont déroulées cette année (Guinée Equatoriale, Tchad, Congo, Gabon) sans aboutir à une alternance. Cela est-il bon ou mauvais pour la stabilité de la région ? 

L’absence d’alternance et le non renouvellement de la classe politique dans l’espace Cemac nous sont apparus depuis longtemps comme des facteurs hautement crisogènes, ce d’autant qu’ils ont co-généré la mauvaise gouvernance actuelle qui exclut la majeure partie de la population de la redistribution des richesses nationales, suscitant un profond mécontentement. Au Gabon, la crise politique en cours est l’expression de l’endogamie reproductrice du système de domination politique. Beaucoup de Gabonais sont fatigués par le système clientéliste et néopatrimonial hérité de Léon Mba et de Bongo père. Ce système n’a fait que reproduire la classe dirigeante à l’intérieur de certaines familles, avec la particularité qu’au Gabon il existe une alliance hégémonique entre le pouvoir et l’opposition, car tous participent de la formation dirigeante. 

Dans les pays de la Cemac que couvre actuellement Crisis Group, comme le Cameroun, le Congo Brazzaville et le Tchad, nous avons observé les mêmes tendances de fond : absence d’alternance, atonie de l’opposition et de la société civile, fragilité des institutions… Au Cameroun, l’absence d’alternance se double au vieillissement de la classe politique et au déficit de légitimité du pouvoir actuel. En se jouant des lois électorales, en muselant ou en corrompant leur opposition, et en usant de diverses pratiques répressives, les régimes gouvernants dans la zone Cemac sont parvenus à se maintenir au pouvoir.  

Dans une sous-région déjà en proie à diverses formes d’insécurité, de Boko Haram au conflit centrafricain, et dont les Etats membres sont fragiles, le blocage politique actuel ne peut que constituer un risque accru et accentuer la volatilité de la région. On voit apparaitre des clivages et des lignes de tensions politiques, économiques, sociales et générationnelles. Des contestations comme celles survenues récemment au Gabon ou des irruptions populaires comme celle de février 2008 au Cameroun pourraient se reproduire. Ayons aussi en souvenir que les coups d’état multiples au Congo, au Tchad et en République centrafricaine, se sont tous réclamés du besoin d’alternance. Mais l’alternance en elle-même n’est une solution viable que si les procédures permettant sont effectivité sont acceptées par tous. La RCA a sans doute la plus grande rotation au pouvoir de la sous-région, mais les changements s’y sont presque toujours effectués par la voie des armes : ce qui explique l’instabilité chronique dans ce pays.  

Que peut-il advenir avec le Cameroun qui va entrer lui aussi dans la dernière ligne droite pour ses élections présidentielles théoriquement prévues en 2018 ? 

Le Cameroun se trouve dans une phase tendue et l’approche de l’élection de 2018 va davantage raidir et rétrécir l’espace politique et l’espace des libertés. C’est depuis les années 1992 que le Cameroun se trouve dans une espèce de transition bloquée ou escamotée qui a été suivie d’une révolution passive ayant permis de consolider l’hégémonie de la formation présidentielle. Entre temps la majeure partie de l’opposition et de la société civile a perdu en crédibilité d’une part, du fait des lacunes stratégiques, du déficit idéologique et éthique, du précariat et des «petites connivences» observées entre beaucoup de partis de l’opposition et le parti au pouvoir, d’autre part à cause de nombreuses pratiques répressives du système, le plus souvent non violentes, mais non moins efficaces. En conséquence, ce pays cumule un pouvoir peu légitime, une opposition et une société civile peu crédibles et une situation sociale explosive. L’élection à venir sera fondamentale pour l’avenir du pays. Et en pareilles circonstances, tous les scénarios sont envisageables. C’est précisément pourquoi Crisis Group a préconisé une réforme consensuelle de la loi électorale, le renforcement et l’indépendance des institutions actuelles et une non candidature du président actuel en 2018, afin d’éviter tout scénario défavorable à la stabilité et à la prospérité du Cameroun.  

Que faut-il faire pour préserver la stabilité de la Cemac ? 

La Cemac, la CEEAC comme l’Union africaine, avec qui nous échangeons au plus haut sommet, devraient justement nous accompagner dans la mise en œuvre des recommandations formulées tant s’agissant du Cameroun que du Tchad et de la RCA. Dans ces trois pays nos équipes enquêtent minutieusement depuis une dizaine d’années. Crisis Group a publié une quinzaine de rapports et adressé des recommandations aux gouvernements concernés et très souvent directement aux présidents des pays concernés. Cependant, nul ne peut se substituer aux peuples ou aux gouvernements de la Cemac pour mettre en place ces recommandations. Il revient toujours en dernière instance aux populations de se mobiliser pour amener les gouvernements à étudier, discuter des recommandations et en appliquer les plus pertinentes, comme le gouvernement centrafricain actuel essaie de faire. La Cemac étant elle-même une institution fragile, elle pourrait difficilement changer la donne. Elle n’a que peu d’influence sur les processus politiques internes des Etats de la sous-région, comme on l’a vu avec la crise gabonaise durant laquelle elle ne s’est nullement prononcée.  En sus, elle manque de moyens pour imposer la paix en cas de conflits, et du reste la question sécuritaire dans la sous-région est du ressort de l’institution symétrique qu’est la CEEAC ou de la CBLT dans le cadre de la lutte contre Boko Haram. Enfin, vu qu’aucun Etat de la Cemac n’est véritablement démocratique, aucun ne peut donc servir exemple et inciter les autres Etats à suivre ce chemin. Au contraire, cette institution semble s’apparenter, pour certains,  à un club de chefs d’Etats davantage mus par la perpétuation de leur pouvoir que par la promotion de l’alternance démocratique.

Interview réalisée par Aboudi Ottou

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