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Grippe aviaire: Entre santé publique et intérêts privés en zone Cemac

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou

Suite à la libéralisation des échanges qui s'est accentuée ces dernières années, certains pays de la sous-région ont publié des réglementations nationales visant à limiter les importations de produits d'origine animale. Toutefois, il n'a pas été clairement démontré que ces instruments de politique avaient été liés à des objectifs sanitaires ou à d'autres logiques sociales, politiques ou économiques. 

Au Cameroun, une mesure d'interdiction des importations des produits de l'aviculture et de matériels avicoles usagers (officiellement justifiée par des garanties sanitaires dans le contexte de la crise de la grippe aviaire), avait été prise en 2006 (voir la Décision N°0028 MINEPIA du 16 mars 2006 à Yaoundé portant interdiction des importations de poulets congelés, et la Décision N°00164 MINEPIA du 25 juillet 2006 renforçant cette interdiction, NDLR). Du fait que certains acteurs nationaux et pays exportateurs de viande de volaille l’ont considéré comme protectionniste, cette mesure a soulevé un interminable débat. «Ce constat peut amener à mettre l'accent sur les acteurs et la multiplicité des intérêts nationaux et même internationaux en concurrence, et expliciter la manière dont les risques et les incertitudes sanitaires peuvent être instrumentalisés par diverses personnes». L'approche instrumentale de l'action publique a permis d'appréhender cet objet à travers une recherche menée entre 2009 et 2010 au Cameroun. Sur la base d'entretiens conduits auprès des acteurs économiques (aviculteurs, importateurs, provendiers, accouveurs), des services étatiques et la société civile (les associations d'aviculteurs, de commerçants, d'industriels, de provendiers, les interprofessions, les ONG, les associations de consommateurs, etc.) et de données statistiques, documents officiels et communiqués de presse, les résultats ont montré qu'a priori, la mesure de suspension des importations de produits et matériels avicoles découlait de la propagation de la grippe aviaire au niveau de certains pays exportateurs. «Parce que la maladie était déjà courante là-bas et que nous étions au courant, le gouvernement s’est retrouvé dos au mur. Il a élaboré un texte interdisant les importations de volailles congelés et d’autres produits dérivés», renseigne Bernard Njonga, l’ancien président de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic). Cette position, l’activiste l’avait adoptée en septembre 2015. Il avait débarqué dans la salle du Hilton hôtel de Yaoundé où se tenait un forum consacré aux Organismes génétiquement modifiés (OGM) en présence de Emmanuel Bondé, ex-ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique; André Mama Fouda, ministre de la Santé publique, Dr Taïga, ministre de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales, Essimi Menye, ex-ministre de l’Agriculture et du Développement rural et Issa Tchiroma Bakary, ministre de la Communication. Pour l’ingénieur agronome, «ce qui est banni ailleurs pour sa dangerosité ne doit pas être introduit au Cameroun, comme les OGM». Ce jour-là, personne ne lui avait démontré le contraire. Pour étayer ses propos, Bernard Njonga avait prélevé sur les marchés, deux cents échantillons de poulets congelés qu’il avait envoyés au Centre Pasteur en France, contre 9 millions de francs CFA pour démontrer la présence d’agents pathogènes. Et pour finir, il avait consulté les registres des dispensaires de Douala et Yaoundé pour lier la fréquence des maladies aux microbes sur le poulet, les œufs et autres volailles importés. Cette scène, autant que la première, avait alors permis de comprendre le positionnement de ces acteurs par rapport aux discours dominants et aux règles commerciales. Selon Jean Claude Fouda Ottou, le secrétaire permanent de l’Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic), «après l’épizootie de la grippe de 2006, celle qui vient d’être déclarée dans le pays va, une nouvelle fois, ruiner les derniers efforts visant à relever la filière avicole camerounaise». Mais, malgré l’aide financière apportée par les pouvoirs publics, les importations de poulets congelés n’ont pas cessé. La preuve: Selon Le Quotidien de l’Économie du 25 mai 2016, un stock de 550 kg, soit 10 kg par carton valant approximativement un million de frans CFA a été saisi à Nnomayos (près de Yaoundé). Avant, le gouvernement avait importé 635 tonnes d'abats et de viandes de volaille pendant la période allant du 1er janvier au 30 septembre 2011 pour le compte de l'armée, selon l’Acdic. «Très probablement que c’est à partir de ces importations incontrôlées pour la plupart que le H5N1 est entré dans notre pays», tranche un vétérinaire. Une version qu’accompagne un aviculteur rencontré à Mvog-Betsi: «La maladie qui sévit ici a été importée. En interne, nous avons souvent discuté de la bonne qualité des produits que nous importons. A la vérité, ils contiennent des maladies. Ce n’est pas la première fois». 

Basse-cour

Pointe-Noire (Congo), 27 mai 2015. Gaston Ebouily, directeur départemental de la concurrence et de la répression des fraudes de Pointe-Noire, signalait (à l’intention des administrations compétentes) un drame. «La Turquie a, écrivait-il alors, expédié en direction du Congo une cargaison de poulets contaminés au virus de la grippe aviaire, un virus très mortel et très contagieux». L’ambassade de Turquie, dans une correspondance urgente adressée au ministère congolais des Affaires étrangères, renseignait que, suite à l’abattage de cette volaille entre le 08 et le 10 mai 2015, la direction départementale de l’alimentation, de l’agriculture et de l’élevage de son pays avait délivré un certificat sanitaire daté du 14 mai pour l’exportation. «Or, des échantillons prélevés lors d’un contrôle ont été testés positifs pour le virus de la grippe aviaire. La direction départementale a alors immédiatement ordonné un rappel desdits produits», poursuivait le document. Suite à ce scandale, une enquête avait été diligentée. Elle avait été étouffée par de puissants lobbies. 

Le 02 juin 2016, l’organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) met en garde la population centrafricaine, suite à la découverte de la grippe aviaire au Cameroun. Selon Boukaré Cissé, consultant de la FAO en Centrafrique, ce démembrement de l’organisation internationale qu’il dirige s’est impliquée depuis 2005 à informer la population et à former les éleveurs centrafricains dans la lutte contre la grippe aviaire. Selon le Journaldebangui.com, un volet de cette campagne est axé sur les «mauvaises volailles qui entrent en RCA via le Cameroun».


 

Dr Fridolin Essengué, économiste

«Les coûts de la grippe aviaire en zone Cemac restent encore limités»

À l’heure actuelle, les pertes économiques sont essentiellement dues à des pertes de production de volaille et d’exportations dues à la maladie, ou à la mise en œuvre de la réforme, ou aux restrictions apportées à l’exportation de volaille. Sur le plan macro-économique, les coûts de cette pandémie pour les économies de la Cemac sont relativement limités jusqu’ici. On pourrait presque parler d’égratignure à certains des PIB de la sous-région. Cependant, les dégâts pourraient s’accroître à l’avenir. Ils ont déjà été particulièrement sévères pour certains secteurs et certaines communautés. Par exemple, dans des économies comme celle de l’Extrême-nord et de l’Ouest du Cameroun, où la majorité de la production de volaille provient de petits producteurs ruraux, l’impact a été profondément ressenti par les ménages ruraux producteurs individuels. 

La priorité immédiate est la prévention d’une apparition d’une pandémie virale à partir du H5N1 actuel. La principale difficulté ici est la taille énorme du secteur de l’élevage artisanal de poulets, estimé par la FAO à 500 millions de personnes. Des vies et des moyens de subsistance dans ce secteur ont déjà été détruits ou sont gravement affectés. La restructuration du secteur de la volaille est un élément important de toute stratégie visant à se prémunir contre les effets nuisibles de la grippe aviaire. Mais, c’est également une intervention compliquée qui demande une très bonne compréhension de l’ensemble du système socio-économique. De plus, cette restructuration va demander des approches différenciées selon les pays, en fonction des caractéristiques de leur filière volaille, de ses infrastructures et de ses canaux de distribution. De même, l’approche sera différente selon que la production se fait de façon artisanale ou industrielle.

La restructuration doit être considérée comme un processus graduel, qui affecte différents segments de la filière, selon des modalités et à des rythmes différents. Théoriquement, les principales activités à envisager comprennent la restructuration de la production, la compartimentalisation, et le zonage, l’adaptation à de nouveaux systèmes de commercialisation et de transport, de nouvelles réglementations pour le commerce intérieur et le commerce international en matière de volaille, la réévaluation des systèmes de production agricole, en introduisant la ségrégation de différentes espèces animales, la relance de l’approvisionnement en volaille de reproduction, et, comme je l’ai déjà mentionné, le renforcement de la sécurité biologique sur les lieux de production et de commercialisation. Les approches pluridisciplinaires mises en place par le Cirad et ses collaborateurs internationaux lui ont aussi permis de contextualiser la problématique de la grippe aviaire au sein des différents socio-écosystèmes dans lesquels elle se pose.

En effet, les contextes épidémiologiques et écologiques diffèrent d’une région à l’autre. Les chercheurs préconisent donc une approche systémique afin de mettre en évidence la variabilité des systèmes éco-épidémiologiques et de mieux comprendre les facteurs qui les influencent. À l’heure actuelle, la Banque mondiale a entrepris une étude plus fine des impacts économiques en examinant l’effet potentiel sur les différentes régions et économies. En général, l’hypothèse est que les pays dont l’économie est très dépendante du tourisme, et ceux qui sont le plus ouverts au commerce international seront également les pays qui risquent d’être les plus affectés par une réduction de la demande suite à la maladie. 

Propos recueillis par Jean-René Meva’a Amougou

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