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Cameroun: La Banque mondiale s’attaque aux monopoles de Bolloré, Camtel et Eneo

Écrit par  Aboudi Ottou

L’institution de Bretton Woods estime que le contrôle par ces entreprises des pans entiers de l’économie est préjudiciable à l’émergence que le Gouvernement de Paul Biya souhaite atteindre à l’horizon 2035. Lire ses recommandations. 

Dans un rapport, rendu public en début de ce mois, la Banque mondiale a actualisé les performances à réaliser par l’économie camerounaise pour atteindre ses objectifs d’émergence. Dans ce document, dénommé Cameroon Economic Memorandum (CEM), l’institution de Bretton Woods estime à  environ 8% la croissance annuelle que doit enregistrer le Cameroun pendant 20 ans (2015-2035) pour devenir un pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure. Ce qui exige, peut-on lire dans le CEM, que le taux d’investissement passe d’environ 20 % du PIB en 2015 à 30 % en 2035 et que la croissance de la productivité d’un taux moyen nul actuellement atteigne 2 % sur la même période.

La Banque mondiale qualifie ces objectifs de «titanesques», mais estime le défi réalisable. Pour y arriver, indique le rapport, «le secteur public devra se réinventer et entreprendre sa mutation: il faudra réduire les distorsions, promouvoir l’innovation et accroître l’efficacité de l’allocation des facteurs de production ; et il faudra des marchés plus concurrentiels pour favoriser des gains de productivité». Aussi l’institution de Bretton Woods préconise-t-elle de mettre un terme aux monopoles observés dans «les secteurs produisant des intrants essentiels pour d’autres activités». Elle cite notamment les transports où Bolloré à lui tout seul contrôle le fret ferroviaire et les services portuaires ; les télécommunications où Camtel a la main mise sur l’infrastructure tout en fournissant les services.


Monopole: Après Camtel, la Banque mondiale charge Bolloré

Pour l’institution de Bretton Woods, le contrôle par cette multinationale du fret ferroviaire et des opérations portuaires pourrait contrarier les ambitions d’émergence du Cameroun.  

«Favoriser la compétitivité en encourageant le concurrence au niveau local, régional et global». Selon la Banque mondiale, c’est l’une des clefs pour faire du Cameroun, comme ambitionne Paul Biya, un pays émergent à l’horizon 2035. Dans la semaine du 03 au 09 avril dernier, Souleymane Coulibaly l’a répété tour à tour aux autorités, à la presse et au secteur privé. L’économiste en chef sortant de la Banque mondiale pour l’Afrique centrale leur présentait le Cameroon Economic Memorandum (CEM) dont il a dirigé la rédaction. L’augmentation de la compétitivité est d’ailleurs l’une des recommandations de ce rapport qui analyse les obstacles à l’émergence du pays et propose des solutions pour y remédier. A la Banque mondiale, on est en effet convaincu que «des marchés plus concurrentiels favoriseraient des gains de productivité notamment en baissant les coûts des facteurs de production». Le Cameroun en a besoin pour parvenir au stade de pays à revenu intermédiaire de la tranche haute. Car pour réaliser cette ambition, estime la banque, le taux de productivité actuellement proche de 0 doit atteindre 2%. 

Il y a donc du travail, à voir le classement du pays dans les différents classements internationaux qui évaluent la concurrence des marchés. Le Cameroun est 109 ème  sur 144 en matière d’intensité de la concurrence au niveau national, à la 65 ème  place en ce qui concerne l’ampleur de la dominance du marché, et au 78 ème rang s’agissant de l’efficacité de la politique de concurrence. A titre de comparaison,  31 % des entreprises manufacturières opèrent en situation d’oligopole, de duopole ou de monopole dans ce pays contre 25 % et 22 % respectivement au Kenya et au Ghana. «Les services de transport ferroviaire, les services portuaires, les services de réseaux de télécommunications fixes et le coton égrené font l’objet de monopoles purs et simples», pointe le CEM (voir figure ci-dessous). La Banque mondiale considère que le monopole dans les secteurs tels que les transports, télécommunications et l’électricité est davantage dommageable pour l’économie du fait que ces sous-secteurs représentent «des intrants essentiels pour d’autres activités». 

 

Bolloré à surveiller 

Le Cameroun a pourtant pris le risque de confier la gestion des terminaux à conteneur de ses deux ports (Douala et Kribi) au groupe Bolloré laissant ainsi passer la possibilité de faire jouer la concurrence entre les deux ports. Le pays en a pourtant besoin. Il est en effet pour l’instant peu compétitif.  Le rapport rappelle fort à propos qu’une étude commandée par la Banque mondiale a trouvé qu’en 2013, le délai de passage moyen des produits importés à Douala était de 20 jours pour les conteneurs.  Ce délai de passage «soutient mal la comparaison avec celui d’autres ports africains comme Mombasa (11 jours), Dar es Salam (12 jours) et Durban (4 jours)», indique la même étude.

Au niveau du transport ferroviaire également contrôlé par Bolloré, l’institution de Bretton Woods indexe par exemple le fait que «les services d’infrastructure et les services de transport ne sont pas séparés, et il n’existe pas de politique d’accès qui pourrait permettre à d’autres entreprises d’utiliser leur propre matériel roulant pour fournir des services de transport». Le Cameroun a essayé d’y remédier. En mars 2015, le ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire avait lancé un avis à manifestation d’intérêt pour la présélection des cabinets d’études, en vue de l’audit de la convention de concession de l’exploitation de l’activité ferroviaire. «Cet audit permettra d’alimenter les travaux en vue de la création d’une société de patrimoine de chemin de fer au Cameroun», soulignait l’avis d’appel d’offre. Et depuis, plus rien. 

En plus de contrôler les ports et le transport ferroviaire, le groupe comprend également des entreprises de logistique qui expédient des marchandises via le port et la voie ferrée. Pour la Banque mondiale, ces «trois situations requièrent une surveillance étroite et une régulation rigoureuse pour éviter des restrictions à la concurrence». «Une chaîne logistique entièrement intégrée améliore l’efficacité de la gestion du fret, mais elle peut aussi freiner la concurrence et désavantager d’autres entreprises», soutient le rapport. D’où cette recommandation : «l’État devrait dans ce cas réguler les tarifs et le transport de marchandises pour s’assurer que les entreprises n’abusent pas de leur pouvoir de marché lorsqu’elles fixent les tarifs». 

 

Camtel à restructurer 

Dans les télécommunications, la Banque mondiale estime que «l’accès au téléphone mobile et à la large bande est faible au Cameroun par rapport à d’autres pays dépendants des ressources naturelles ayant un PIB par habitant similaire». Pour elle, «les tarifs mensuels de location et d’appel pour la téléphonie fixe sont plus élevés qu’en Indonésie, en Malaisie, en Côte d’Ivoire et au Nigeria». A en croire l’institution bancaire, «la mauvaise performance sur ces indicateurs pourrait être associée aux insuffisances des réglementations relatives à la téléphonie fixe et des infrastructures à large bande passante qui ne suivent pas les pressions concurrentielles pas plus qu’elles ne favorisent la concurrence». Aussi pense-t-elle que «des règles transparentes et non discriminatoires applicables à l’accès au réseau à large bande passante de Camtel et à la passerelle internationale pourraient stimuler la concurrence dans les services de télécommunications, réduire le coût des TIC pour les entreprises et accroître leur compétitivité». 

Le 02 mars dernier, lors d’un «atelier de haut niveau sur la détermination des réformes à entreprendre en vue de l’amélioration de la compétitivité du secteur des TIC au Cameroun», la Banque mondiale (qui estime que «le Cameroun ne réalise pas aujourd’hui pleinement le potentiel économique d’un secteur des TIC)» avait déjà indiqué que Camtel, ayant le monopole sur les infrastructures terrestres et étant à la fois opérateur de services, favorise le déséquilibre du marché des télécoms. Aussi avait-elle proposé de restructurer Camtel. L’option qui avait semblé avoir la faveur des pronostics est la transformation de Camtel en holding avec deux entités. La première, étatique, qui s’occuperait de la gestion des infrastructures numériques et du réseau fixe. La seconde, ouverte aux investisseurs privés, pour la gestion et la commercialisation du réseau mobile et du FTTX (fibre optique à domicile). 

 

Des bons points pour Eneo 

Pour ce qui est du secteur de l’électricité, la Banque mondiale se félicite que la faible concurrence dans le segment de la production soit adressée par des investissements actuellement en cours au Cameroun. Toutefois, compte tenu de l’intégration verticale dans ce secteur, elle recommande «une réglementation rigoureuse» pour assurer une neutralité concurrentielle entre les fournisseurs d’électricité indépendants et les fournisseurs d’État, tous liés au réseau de transport et de distribution. Le rapport constate cependant une amélioration dans la qualité de service et le coût de l’électricité : «Les données du Doing Business 2017 suggèrent que la situation s’est sensiblement améliorée, avec le classement de la facilité à obtenir l’électricité baissant de 114 dans le Doing Business 2016 à 89 dans le Doing Business 2017. Selon ces données, l’obtention d’électricité nécessite 4 procédures, prend 64 jours et coûte 1 977,4% du revenu par habitant, ce qui se compare favorablement à la moyenne de l’Afrique subsaharienne de 5,1 ; 115,4 et 3,711.1% respectivement. Globalement, le Cameroun se classe 114 sur 189 économies sur la facilité d’obtenir l’électricité dans le Doing Business 2017», peut-on y lire.

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