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Le vivre-ensemble sous le prisme d’ailleurs

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou

«Observer autrui pour s'enseigner soi-même»

La situation n’a rien d’anecdotique : la diversité culturelle du Cameroun est acculée dans un triste butoir depuis quelque temps. Du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, les uns et les autres découvrent, tout à trac, une maladie grave : l’intolérance. A cause de celle-ci malheureusement, la devise «Paix-Travail-Patrie» tend à s’effacer derrière le mur de désordre qui court dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest du pays notamment.  Et même si, à l’aide des notes du «tout va mieux», certains chantent toujours, les indices de cohésion sociale montrent qu’il y a un péril. Face à cette situation, les hommes politiques se rabougrissent. Au mieux, ils enrôlent ce qui se passe à Bamenda, Buea et leurs environs dans des nuages loin des bonnes intentions; renforçant par-là même le sentiment d’impasse.

Des séquences de ce genre, plusieurs pays à travers le monde les ont connues. Là-bas, il y a eu (et cela continue) des divergences au sein de la majorité, au sein des minorités, entre les minorités elles-mêmes. Il y a diversité au sein de la diversité. Mais au fil du temps et en fonction des contingences historiques, le vivre-ensemble s’est construit. Ces pays-là sont relativement stables.  

«Observer autrui pour s'enseigner soi-même», le Ceides (Centre africain d'études internationales, diplomatiques, économiques et stratégiques) a plébiscité cette méthode qui date du néolithique. En réunissant des diplomates des pays qui semblent avoir pris la mesure de cet enjeu le 27 février dernier à Yaoundé, le Ceides a cadré les choses: «ces gens ne sont pas ici pour dessiner à leur compas ce qui devrait se faire chez nous dans la gestion de notre vivre-ensemble». «C’est juste pour élaborer quelques pistes de discernement car le retour de la sérénité dans la partie anglophone du pays n’est pas encore hors d’atteinte». La force du propos consiste à en donner la meilleure approche historique, symbolique, avant de proposer à l’assistance de suivre l'aventure de la Suisse, du Canada et de la Belgique. C'est dire si le plaisir de comprendre et celui de méditer sont sans limites dans cet échange.


En guise de clés de lecture de la situation sociopolitique actuelle au Cameroun, les expériences belge, suisse et canadienne en matière de gestion de la diversité démographique  ont été communiquées au public le 27 février 2017 à Yaoundé.

A la lumière de ce qui se vit dans la partie anglophone du Cameroun, les fâcheux ne se paient plus de mots. Sur une infinité de sujets, ils présentent un éclairage difficilement pris en défaut : les valeurs du vivre-ensemble se perdent, la pseudo-différence entre Camerounais anglophones et francophones décérèbre les citoyens, anémie le sens civique, abaisse la fraternité. «Le pays est la cible de deux fantasmes. Il n’est plus rare qu’on évoque la sécession ou le fédéralisme comme ultimes recours pour améliorer le sort des régions du Nord-ouest et du Sud-ouest. Chez certains, cette idée est devenue virale ; ils dispensent auprès de la jeunesse cette putride vision. C’est dangereux pour le Cameroun. Or, on peut structurer nos différences dans la paix comme l’ont fait certains pays», avance le Dr Chemuta Divine Banda, président de la Commission nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL). La sécession ou le fédéralisme, voilà les deux gros points à trancher. 

 

Singularités plurielles

Dans ce contexte qui n’en finit pas de faire des étincelles et qui aiguise toutes sortes d’approches, les ambassadeurs du Canada, de Suisse et du Royaume de Belgique accrédités au Cameroun sont montés sur le pupitre du think thank Ceides. Le cahier de charges des diplomates vise à montrer comment leurs pays respectifs sont parvenus à construire la cohésion sociale. Le casting de toute évidence, n’est pas fortuit. La Suisse, le Canada tout comme la Belgique ont en commun un système de gouvernance fédéral. Ils sont aussi uniques et diversifiés. «Ils sont des singularités plurielles», selon le Pr Dieudonné Oyono, ex-recteur de l’Université de Douala.

 

Positionnement 

Celui des panélistes est clair. L’un après l’autre, ils clament que leurs exposés ne se situent pas dans une démarche d’ingérence sur les questions nationales. Il s’agit, appuient-ils, de présenter la vision de leurs pays. Ceux-ci, apprend-on, sont confrontés aux mêmes défis que le Cameroun. «Mon pays est situé au cœur de l’Europe. Tout comme ici, là-bas aussi il y a une diversité linguistique. Les germanophones sont toutefois de loin les plus nombreux. Il y a un partage égal entre les catholiques et les protestants», dit S.E. Claude Altermatt. 

Pour S.E René Cremonese, le Haut-commissaire du Canada au Cameroun, «malgré les antagonismes qui peuvent être de l’histoire, de la diversité des cultures, de la diversité des ethnies et de la diversité des langues, les Canadiens ont répudié la violence pour se hisser à un niveau de développement apprécié dans le monde entier».

«Depuis plusieurs siècles, ajoute l’ambassadeur helvétique, la cohésion de l’espace politique, économique et sociale de la Suisse a été bâtie grâce à des réaménagements à tous les niveaux».  

De son côté, Edwin Keijzer, use de la métaphore de la spirale. L’adjoint au chef de mission à l’ambassade de Belgique à Yaoundé passe par là pour trouver une façon juste de dire que «le vivre-ensemble est un processus continu qui suppose une reprise constante de ce qui est déjà acquis». Le trait schématique de son argumentation tend surtout à démontrer que «la cohésion sociale dans des pays à forte diversité nourrit le développement». En réalité, dans un cas comme dans l’autre, il y a un consensus, et l’on peut retenir que la violence doit être absolument répudiée par la recherche de l’équilibre.


La « glocalisation »

Encore un concept, pourrait-on avancer. Seulement, il n’est pas nouveau sous d’autres latitudes. «C’est un mot d’origine japonaise et qui a été repris au début des années 80 par des économistes, dans la stratégie et le marketing. Il signifie la combinaison entre le global et le local. C'est-à- dire comment on peut concilier les exigences de la globalisation et les réalités locales. C’est le contraire de l’américanisation qui voulait que tous les produits suivent les standards américains», explique le Dr Christian Pout, le directeur du Ceides. A la Fondation Solomon Tandeng Muna ce jour, la «glocalisation» revient en boucle. «Nous avons utilisé ce concept aujourd’hui de manière émancipatrice pour le sortir du champ de l’économie politique, du marketing ou de la stratégie internationale sur l’option entreprise, et l’amener dans une sphère sociopolitique. Cela se justifie par la conjoncture internationale liée, entre autres, au Brexit, c'est-à-dire le retrait de la Grande Bretagne (GB) de l’Union européenne (UE) et à l’élection de Donald Trump aux USA. Cette conjoncture qui s’accélère prône le repli sur soi, le retour d’un souverainisme excessif et le retour vers l’affirmation de la nation comme espace dans lequel tout l’épanouissement des êtres et des collectivités peut être envisagé», justifie Christian Pout. Duplication possible ? Prise sous cet angle, la «glocalisation» sert de grille de réponse à d’autres problématiques propres au Cameroun. Raison: «Dans le fond, elle touche à l’inclusivité et à la construction de la cohésion sociétale ; les pays dont les exemples ont soutenu les exposés offrent des modèles de réussite dans ce domaine». L’aveu est unanime et d’autant plus inattendu qu’il émane de ceux qui s’intéressent quotidiennement aux débats sociopolitiques d’ici et d’ailleurs. Pris dans son aspect sociopolitique justement, la «glocalisation» peut aider le Cameroun dans la consolidation de son unité. «Quelles que soient les externalités, l’essentiel de l’argument est le suivant : le pays a plus de chance de réussir en s’ouvrant au dialogue et ayant présent à l’esprit les réalités du vaste monde pour trouver un équilibre entre son être au monde et son être particulier dans l’espace qui est le sien», éclaire Christian Pout. «Autrement dit, ajoute-t-il, il importe que le citoyen camerounais puisse être au courant des expériences et les vues des autres pour qu’il soit à même de saisir les avantages que procure la mise en commun des intelligences et des capacités à promouvoir, à une vaste échelle, la paix et le développement durable».


Dr Christian Pout:«Cela participe de la construction positive d'une forme de civilité» 

A l’occasion des échanges à la Fondation Solomon Tandeng Muna, le président du Centre africain d’études internationales, diplomatiques, économiques et stratégiques (Ceides) a prononcé un discours. Il précise les contours qui ont présidé à la tenue des discussions du 27 février dernier. 

Avant toute chose, je voudrais que nous ayons une pensée pour le Président d'Honneur du Club des Ambassadeurs et Hautes Personnalités Internationales du CEIDES, SEM William Aurelien Eteki Mboumoua, qui nous a quitté en octobre dernier. Il nous a accordé le privilège de bénéficier, plusieurs fois de sa présence à la fois discrète et remarquable. Il m'a prodigué de précieux conseils en fin diplomate et connaisseur de la scène internationale et africaine. Permettez-moi donc de vous prier de bien vouloir vous levez pour observer une minute de silence en sa mémoire. Minute de silence - Merci Excellences, Mesdames et Messieurs Je voudrais saluer la présence de chacune et chacun d'entre vous dans cet auditorium, à l'occasion de cette session bilingue d'échanges dont le thème central est: "How to be Winning in Glocalisation? Shared Views and Experiences about the Challenges of Inclusiveness and Social Cohesion Building" Aujourd'hui, nous aurons trois présentations avant le débat qui sera ouvert par notre Grand Témoin SE Chairman NCHRF dont je salue très respectueusement la présence à mes côtés. En votre nom à tous, je voudrais également saluer et remercier nos conférenciers principaux, Leurs Excellences Edwin Keijzer Chargé d'affaires par intérim et adjoint au chef de mission à l'ambassade du royaume de Belgique, René Cremonese, Haut-commissaire du Canada et Dr. Claude Altermatt, ambassadeur de Suisse. Excellences, merci pour votre intérêt jamais démenti pour le Ceides et pour votre engagement au sein de ce Club des Ambassadeurs du Ceides, dédié, entre autres, à l'animation de la vie diplomatique dans notre belle capitale Yaoundé. Ce soir, nous innovons.

En effet, dans le cadre d'une collaboration avec le très prestigieux Imperial College de Londres au Royaume Uni, les remarques intoductives à cette session seront proposées par le Professeur George YIP, éminent spécialiste de réputation mondiale dans les domaines de la stratégie et du marketing. Je lui suis très reconnaissant d'avoir accepté de se joindre à nous dans la préparation de cette session et de nous avoir transmis sa contribution dans une vidéo de haute facture qui saisit si judicieusement les réalités que nous abordons dès maintenant. Je dois vous avouer que je suis un Président du Ceides particulièrement comblé car le travail que nous avons entamé il y a plusieurs années maintenant est de mieux en mieux reconnu et accepté, ici et ailleurs. Nos sessions rassemblent des hommes et des femmes de bonne volonté aux background divers qui souhaitent débattre librement, en prenant le monde comme horizon de leur conversation. Cela participe assurément d'un enrichissement culturel pour chacun et de la construction positive d'une forme de civilité qui reste à consolider dans notre communauté nationale. Excellences, Mesdames et Messieurs Comment appréhender le sujet de notre reflexion de ce soir? Il s'ouvre en effet par une question: Comment réussir sa glocalisation? La "glocalisation" est un néologisme né au Japon et qui renvoie à la combinaison de gobal et de local. Nous avons voulu partir de l'interrogation sus-mentionnée qui fait sens dans le commerce international ou l'économie politique internationale pour questionner sous un angle original la manière dont globalité, complexité, incertitude et interdépendance bousculent nos sociétés contemporaines. En effet, partout dans le monde aujourd'hui et à des degrés divers, ce qui articule le social et le politique est menacé et cela donne l'impression que plusieurs pays se trouvent bien" à l'instant de basculer". Au Centre Africain d'Etudes Internationales, Diplomatiques, Economiques et Stratégiques (CEIDES), nous postulons que cet état de choses va être une donnée constante des sociétés contemporaines et qu'il faudrait désormais composer avec elle.

Il faudrait composer avec cette nouvelle donne sans paniquer, sans chercher à en occulter les ressorts profonds (économiques, politiques, culturels, sociaux ou historiques) mais aussi sans céder à la fascination trompeuse de la cassure ou au simplisme apparemment efficace de la criminalisation de la contestation, de l'indignation et de l'exaspération. En réalité, l'enjeu quel que soit le niveau d'analyse : international, régional, national ou local est bel et bien celui de la paix durable, de la cohésion sociétale. Et, l'inclusivité en est une modalité essentielle. Notre approche repose sur le plaidoyer d'une ambivalence anthropologique fondamentale selon laquelle l'homme est tout aussi faillible que capable; qu'il n'est pas qu'un loup pour l'homme, mais qu'il n'est pas non plus un dieu pour l'homme. Par conséquent, une conceptualité de la paix visant la cohésion sociétale au moyen de l'inclusivité travaillera à la fois sur les plans de l'éducation, de la réforme des Etats et de la réforme des relations internationales Excellences, Mesdames et Messieurs Partant de ce qui précède, cette session a été initiée parce que notre monde apparaît comme au bord d'un volcan. Tous les factices et confortables équilibres affichent leurs fragilités.

Il y a comme un retour à la prégnance de ce que Johan Galtung a appelé la "violence culturelle" et partout, "la fabrication de l'ennemi" a l'énergie du désespoir. Il ya bien comme une croyance à la destruction créatrice qui se banalise et se diffuse, au fur et à mesure que s'estompe la croyance dans une mondialisation heureuse. La tentation de la reprise en main, du repositionnement souverain par les grandes puissances est présentée comme une panacée. Chaque leader se bat désormais pour incarner le renouveau national, salutaire et pragmatique. Cette session, il convient de le noter, a également et conçue pour objectiver cet état d'esprit actuel qui a également fait irruption sui generis dans notre espace national. Les présupposés initiaux ne sont certes pas identiques ou facilement identifiables mais ce qui pourrait aussi s'appréhender comme une certaine interprétation des mutations du monde a donné lieu depuis quelques mois à un ralentissement général de l'activité dans deux régions de notre pays, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Une question cruciale nous est donc posée: comment éviter l'enlisement? Elle pourrait se prolonger dans les suivantes: Comment en tant que pays pouvons nous réussir à trouver notre place dans le global tout en travaillant à ce que, dans l'ensemble de nos localités, nos concitoyens assument cette présence dans le monde et veuille y contribuer en se mobilisant autour d'un projet national qui ferait concrètement sens pour chacune et chacun là où il se trouverait? Comment, alors que nous sommes sous la menace de la cassure et du repli sur soi redonner un sens à l'inclusivité pour bâtir durablement la paix sociétale? Les expériences de la Belgique, du Canada et de la Suisse qui vont être présentés ici, sans aucune volonté de servir de modèle ou de faire acté d'ingérence sauront, je l'espère, nous aider à élargir notre champ des possibles et nécessairement, nous donner matière à penser.  

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