INTEGRATION

Vous êtes ici : Accueil Panorama Economie Port de Kribi: Batailles en haute mer
Intgration.jpg Philpa.jpg Tous-unis-pour-le-Cameroun-650x91.jpg bandeau.jpg visuel fotrac.jpg

Port de Kribi: Batailles en haute mer

Écrit par  Aboudi Ottou

Techniquement prêt depuis plus d’un an, cette infrastructure, présentée comme la plus importante de toute la côte ouest-africaine, peine à entrer en exploitation. En cause, des conflits de positionnement entre des personnalités et des administrations gouvernementales. 

De l’avis du Chargé d’affaires de l’ambassade du Royaume de Belgique au Cameroun, l’avenir portuaire de l’Afrique se joue à Mboro. C’est dans cette localité située à 35 kilomètres de la cité balnéaire que se bâtit le Complexe industrialo-portuaire de Kribi (Cipk) dont le port en eau profonde est l’une des composantes. A en croire Christian Meerschman, c’est pour cette raison que son pays garantit le prêt de près de 30 milliards de francs CFA destiné à assurer la pérennité de la fourniture en eau potable de l’ensemble du complexe qui compte outre le port, une ville nouvelle, une zone économique et un corridor multimodal. Le diplomate s’exprime sur le site abritant cette infrastructure ce 10 juin, jour de signature de la convention de  financement entre le ministère camerounais de l’Economie de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat) et  la Banque belge Belfuis. Mais les autorités camerounaises semblent peu conscientes des enjeux au regard des atermoiements autour de l’opérationnalisation du Port en eau profonde de Kribi (Pepk). De l’allocution du Minepat, président du Comité de pilotage du Cipk, délivrée à la même occasion, on apprend que la mise en exploitation effective du port «est envisagée pour le second semestre de l’année en cours». Le 18 janvier dernier lors d’une rencontre avec la presse, le même Louis Paul Motaze annonçait que «d’ici mai, juin l’exploitation pourra commencer».

Ce vendredi à Mboro, tous les techniciens sont pourtant unanimes: «l’infrastructure est techniquement prête». «La première phase du port général est complètement achevée; toutes les installations et ouvrages prévus ont été réceptionnés le 31 décembre 2014» apprend-t-on. Et Louis Paul Motaze d’expliquer: «l’option qui a été prise c’est de faire (dès la première phase) un port complet. Si on vous a fait visiter tout le reste (système d’adduction d’eau, système de fourniture d’électricité autonome) caserne de sapeur-pompier, magasins d’outils de remorquage…) c’est pour dire que le port a tout pour fonctionner.» Même le problème de la voie d’accès au port souvent évoqué ne devrait pas être «rédhibitoire», assure le président du Comité de pilotage. De fait, le port est relié à l’agglomération de Kribi par une voie bitumée aux mêmes caractéristiques que l’actuel axe Yaoundé-Douala. Pour le Minepat, cela est suffisant pour un début. Surtout que l’autoroute qui va raccorder, au niveau de la ville d’Edéa, l’infrastructure portuaire à l’autoroute Douala-Yaoundé en construction est déjà en chantier. 

Par ailleurs, depuis le mois d’août 2015, les concessionnaires sont connus: le groupement Bolloré/ CMA CGM/ CHEC pour le terminal à conteur et Necotrans /KPMO pour le terminal polyvalent. Les contrats de concession sont prêts. Début avril, au sortir d’une audience avec le président Paul Biya, Vincent Bolloré, le président directeur général du groupe éponyme, annonce même leurs signatures pour la fin du même mois. Depuis on attend.

Diversions 

Selon Patrice Melom, le coordonnateur du projet de construction du Pepk, l’attente serait due à «des procédures administratives». «Les armateurs sont assez exigeants aujourd’hui, plus que hier encore, en matière de sécurité. Il faut donc s’assurer que nous sommes en conformité avec le code ISPS qui régit la navigation maritime. Et c’est beaucoup de procédures», explique-t-il. Sur la question, le Minepat, pour sa part, fait du ponce-pilatisme: «Le comité de pilotage que j’ai l’honneur de présider, a pour rôle de construire le complexe industrialo-portuaire. La première phase du port est faite. Pour qu’un port soit opérationnel,  il y a un certain nombre d’administrations qui doivent s’installer (douane, dockers, transitaires…). Ce n’est pas de la compétence du Comité de pilotage. Je sais que l’Autorité portuaire nationale  (APN) s’en occupe. C’est tout ce que je peux dire.», esquive Louis Paul Motaze. 

Des membres de la Cellule du plan d’opérationnalisation du port qualifient les problèmes évoqués par le coordonnateur et le président du Comité de pilotage de «contraintes mineures». Ils expliquent par exemple que les administrations douanières et para douanières intervenant dans les procédures de passage des marchandises et de déserte de navires étant déjà dotées de locaux provisoires, leur installation sur le site est une affaire de jours. A bien écouter certains d’entre eux, le problème le plus important se trouve ailleurs. «Toutes les actions inscrites dans le plan d’opérationnalisation évolues normalement. Nous sommes rendus à 70-75% de leur exécution. Il y a seulement les très hautes décisions de la hiérarchie qui sont attendues en termes notamment de mise en place de l’organe de gestion du port. C’est l’une des très grandes décisions que nous attendons. Et vous savez que ça relève de la très grande discrétion du chef de l’Etat.», ose Emmanuel Zoa Zibi. Ce cadre en planification s’abstient cependant d’indiquer de quel poids pèse la décision qui organise institutionnellement le port dans les 30-25% d’actions du plan d’opérationnalisation à mettre en œuvre. Chez l’un des concessionnaires, une source interne estime d’ailleurs que c’est à cause de l’absence d’organes de gestion que la signature des contrats de concession est bloquée.

Batailles 

Louis Paul Motaze indique pourtant avoir élaboré et transmis à sa hiérarchie un avant-projet de cadre institutionnel d’exploitation et de gestion du Cipk du temps où il était secrétaire général des services du Premier ministre, il y a plus d’une dizaine de mois. L’idée de Motaze est de garder le Cipk comme un projet intégré avec un centre de décision unique (le Minepat) malgré l’entrée en exploitation du port. Elle est inspirée de ce qui se fait à Tanger au Maroc où le Comité de pilotage du Cipk a effectué des missions. Mais, selon l’un de ses conseillers, le texte fait l’objet de vives contestations dans le sérail. Le tout sur fond de guerre de positionnement. C’est ce qui, selon la même source, retarderait le processus. Parmi les opposants à cette idée, trois noms reviennent régulièrement: Magloire Séraphin Fouda, l’actuel secrétaire général des services du Premier et non moins secrétaire général adjoint de la présidence de la République; Christol Georges Manon, le directeur général de la Magzi (Mission d’aménagement et de gestion des zones industrielles) et Josué Youmba, le directeur général de l’APN. Le premier estime que Motaze manœuvre pour garder la main sur tous les grands projets. Le second, dénonce une volonté d’écarter la Magzi du projet. Et le dernier soutient que cette configuration viole la loi n°98/021 du 24 décembre 1998 portant organisation du domaine portuaire national ;laquelle fait du port de Kribi un port autonome. 

«On ne veut écarter personne», répond Louis Paul Motaze. Pour se justifier, le ministre rappelle notamment que la Magzi et l’APN sont tous membres du Comité de pilotage. Un document remis à la presse par les services de communication du Minepat indique même que l’avant-projet querellé «a été élaboré avec le concours de l’APN». Louis-Paul Motaze ajoute un brin agacé: «Je suis un peu mal à l’aise. Parce que chaque fois que j’envoie des textes. Les textes disent tutelle du ministère de l’Economie. On dit il fait ça parce que c’est lui. Non ! Non! Quand je proposais ça, je n’étais pas ministre de l’Economie.». Et de poursuivre «Prenez le cas de Douala et expliquez-moi en quoi le port a joué dans l’industrialisation de la ville. C’est parce que là-bas, il n’y a aucune vision cohérente. C’est pour ça que dès le départ,  (ce n’est pas les histoires de maintenant. Parce que les gens pensent que c’est tout simplement comme on veut déjà savoir comment tout ça va être géré qu’on a fait ça.), dès qu’on a dit Complexe industrialo-portuaire de Kribi, on avait déjà changé les choses. Il s’agit de construire un port qui est la composante d’une volonté politique. Et la volonté politique pour nous était de dire, il faut faire de Kribi, une zone économique.» Et de conclure: «De toute façon, le chef de l’Etat décidera.» Et comme toujours, en pareille circonstance, Paul Biya se hâte lentement de trancher. 


 

Louis Paul Motaze

«Les indemnisations sont de la compétence de l’administration des Domaines»

En sa qualité de président du Comité de pilotage, le ministre de l’Economie, de la Planification et de  l’Aménagement du territoire est pointé du doigt par Martin Oyono, député de l’Océan, dans l’affaire de détournements des indemnisations en rapport avec le projet de construction du Complexe industrialo-portuaire de Kribi. Il se défend.

Concernant les indemnisations, ceux qui ont fait courir le bruit en fait connaissent la réponse. Les indemnisations dans notre pays, dans notre gouvernement, sont de la compétence de l’administration chargée des Domaines qui lance la déclaration d’utilité publique, qui identifie les ayant droits, qui évalue les biens mis en cause et qui prépare, pour le chef de l’Etat, le décret d’expropriation. Généralement, le ministre crée un comité local qui a à sa tête les autorités administratives (préfets, sous-préfets, maires, chefs traditionnels…). Peut-être peut-on prendre également les chefs de services départementaux de l’Agriculture, du Cadastre et des Domaines. Et c’est ce qui se passe pour tous les projets. Ça veut dire que, lorsqu’on construit une route par exemple, il ne revient pas au ministre des Travaux publics de dire qui on va indemniser ou non. C’est-à-dire que le Comité de pilotage n’a aucune compétence. Nous avons appris (et nous en sommes fiers parce que nous voulons que cette histoire-là avance) que des personnes ont été incarcérées. Et vous avez vu c’est des gens qui sont surtout au niveau du terrain. Certains, pour des raisons qu’on peut deviner (mais nous n’allons pas nous attarder là-dessus, parce que c’est des raisons qui sont vaines, parce que obscures), ont cru devoir dire, comme c’est le port de Kribi, il faut aussi aller voir le président du Comité de pilotage. J’ai appris qu’au barrage de la Mape, le problème se pose. Mais je n’ai pas encore entendu dire que comme le barrage c’est l’électricité, est-ce que le ministre de l’Energie n’est pas aussi concerné. Il n’a pas à être concerné. Ce qui intéresse, c’est qui a fait l’évaluation, quels sont les bénéficiaires que vous aviez identifiés, sont-ils de vrais ou de faux bénéficiaires, avez-vous surévalué ou non les biens mis en cause.Ça s’arrête là.

Propos recueillis par Aboudi Ottou 

Lu 691 fois

1 Commentaire

  • Lien vers le commentaire OHENE Marc Léopold jeudi, 30 juin 2016 15:16 Posté par OHENE Marc Léopold

    Bonsoir , Camerounais de grande valeur.
    Je suis surpris que l'on parle de tout le monde au port sans parler des Marins Marchands; ceux même qui sont considérés dans les pays qui se respectent comme des pilliés du transport maritime et en service au port.
    Que vont devenir les Marins Marchands du Cameroun formés dans des centres de formations agréés par l'Etat du Cameroun?

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

-01.jpg -02.jpg -03.jpg -04.jpg -05.jpg -06.jpg -07.jpg -08.jpg -09.jpg -10.jpg -11.jpg -12.jpg Deutsche_Welle_Logo.jpg FB_IMG-664x469.jpg Insert-Eneo-Recrute-664x469.jpg Pub p12-664x469.jpg Tous-unis-pour-le-Cameroun-664x469.jpg insert-Araucaria-2016-664x469.jpg

Nous contacter

    • Journal Intégration

    • Adresse :

      Quartier Nkomkana, Immeuble Diane

      (face station service Total)

    • BP : 33 266 Yaoundé-Cameroun

    • Tél : +237 676 203 709

              +237 699 931 042

              +237 243 296 303

    • Email : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

                  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

                  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Vous êtes ici : Home Panorama Economie Port de Kribi: Batailles en haute mer