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«Ici Radio Boko Haram, la fréquence de la terreur !»

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou, envoyé spécial

De façon intermittente, les messages barbares de la secte terroriste déferlent, via la radio, sur quelques localités de l’Extrême-nord.

«Allahou akbar» («Dieu est grand!»). La voix qui martyrise le récepteur de Belawa cet après-midi est claire. Mais le ton fait frémir le vieil homme. «Par hasard, je suis tombé sur cette station pour écouter les anashids (les chants musulmans). Mais je me rends compte que c’est la radio barbare que nous avions écoutée ici il y a un mois», avance-t-il, se hâtant de zapper. A en croire ce septuagénaire qui ne sait pas lire les fréquences, Boko Haram arrose la frontière de ses messages violents. Ici à Tolkomari, d’autres habitants disent avoir écouté «cette radio à l’islam funeste» au moins une fois ces deux dernières années. S’ils sont incapables de la nommer et de la localiser, ils affirment que ladite station émet surtout au lendemain d’une attaque kamikaze au Nigéria ou dans les pays voisins. «Quand ils ont attaqué le domicile d’Amadou Ali ici à Kolofata, se rappelle Garba Hassoumou, ils ont pris les micros pour se féliciter de leur barbarie. Ils parlent aussi souvent quand le ministre de la Communication donne un point de presse à Yaoundé à leur sujet». Ce 11 avril 2016, c’est une exception. Il n’y a pas eu d’attaque. Pas de point de presse non plus. Mais, sur 96.8 FM, Boko Haram s’exprime sur d’autres sujets liés aux combats au front et à la sécurité des personnes civiles. «Après l’interdiction du port du voile dans certaines localités de la région, ils ont promis la mort aux signataires d’une telle mesure. Maintenant, ils disent qu’ils ne sont pas affaiblis contrairement à ce qu’on croit», chuchote Laraï, un commerçant. Et pendant qu’on y est, une antienne régente son poste radio: «Dawla islamiya», (l’Etat islamique).

Mode d’emploi

Ainsi donc, à intervalles irréguliers, Boko Haram supplicie les ondes et s’y complaît. Sa méthode traduit un principe clair : inoculer insidieusement la peur au sein des populations locales. «De temps en temps, ils émettent. Leurs fréquences sont instables. Au lendemain de l’attentat de Maroua le 26 juillet 2015, ils étaient sur 95.7 FM. A cette occasion-là, ils ont révélé que les 14 personnes décédées iraient droit au paradis parce que mortes ensemble avec une kamikaze», précise Robert Baïkamla. Résidant à Tolkomari, cet ancien technicien de diffusion à la CRTV- Littoral ajoute qu’après cette «sortie», les terroristes ont écumé toutes les fréquences modulées à la frontière avec le Nigéria. «Ils sont passés successivement sur 103.4 FM, 91 FM, 106.1 FM et 96.8 FM en l’espace de six mois, Leur système de diffusion est très nébuleux», dit-il. Evidemment, à chaque «production» qui dure environ 02 heures, ils se fondent sur une communication extensive s’adressant à l’audience la plus large possible tant au Nigéria que dans les zones limitrophes. A chaque fois pour cet exercice, deux speakers se mettent en valeur : leurs propos sont enrobés  de psalmodies du Coran, de cris de personnes et de tirs. Pour alimenter les extrêmes, ils s'offrent le luxe d'asséner: «Notre radio paye ses impôts avec le sang des mécréants !» La dernière fois qu’il a écouté cette radio de bout en bout pendant une heure, Belawa a retenu de satanées choses. «Ce jour-là, raconte-t-il, ils ont sermonné les gens avec des histoires surréalistes, avec des hommes déterminés qui ont tout quitté, laissant derrière eux femmes, enfants et amis». Un jeune rencontré à Limani souligne que dans leurs tranches d’antenne, les orateurs de Boko Haram dépeignent souvent une vie quotidienne idéalisée dans le califat. Ils mettent alors en scène des djihadistes qui administrent la ville selon leur religion. Rusés, ils évoquent surtout de fausses manœuvres guerrières. «Après leur attentat kamikaze perpétré au Boucan Bar à Maroua, ils étaient soucieux de maintenir l’attention médiatique. Ils passaient alors leur temps à décrire les corps décapités, les enfants brûlés dans des cages ou écartelés dans leurs pick-up. Juste après, ils donnaient de fausses précisions sur la prochaine attaque. Ils indiquaient de faux itinéraires, de faux timing, de faux matériels et de faux acteurs», renseigne un officier des transmissions du Bataillon d’intervention rapide (Bir) à Kolofata. 

Rameau de division

La radio, c’est par ce canal que Boko Haram a voulu  dresser les populations contre les forces de défense en faction dans l’Extrême-nord. Très souvent sur ses antennes, la secte évoque de lointains souvenirs qu’elle estime douloureux pour les habitants des villes et villages camerounais frontaliers au Nigéria. Selon le Dr Nafissatou, enseignante de sociologie à l’Université de Maroua, «ils exploitent les vétérans et les jeunes indemnes  physiquement mais psychologiquement atteints par la misère. A termes, ces personnes font des cauchemars, souffrent de violentes crises d’angoisse, se sentent menacées en permanence. Leur vie de famille se délite. Certains tombent dans la drogue, d’autres veulent se donner la mort. D’autres, encore, sont impliqués dans des crimes». A bien des égards, ces propos révèlent ainsi le vrai visage d’une propagande radiophonique réduite aux bobards, aux fausses nouvelles, au bourrage de crâne, qui abrutissait les citoyens et cherchait à les détourner de la vérité. Ce schéma élémentaire donnait lieu à des mises en scène simples et répétitives. Bien évidemment, les messages diffusés sur les ondes en Haoussa ou en Kanuri étaient soigneusement élaborés. Sans recourir à de longs développements, mais en martelant les mots qui servaient ses idées, en usant de formules concises, de slogans courts, simples et faciles à retenir, Boko Haram avait fini par créer un nouveau vocabulaire politique en ces langues. «Il s’agissait d’un code fleuri aimant recourir à la métaphore. Cela s’était vérifié lorsque, sur leur radio, ces criminels tentaient de faire la différence entre les intégristes, les salafistes, la Taqiya, le Jihad et l’Islam radical», analyse le Pr Saïbou Issa, le directeur de l’Ecole normale supérieure de Maroua. Usant à fond de ce «code», il apparaît vite que le plus important était de calquer leur argumentation sur la phraséologie musulmane, en s'appuyant sur une interprétation erronée du Coran. Pour Cheikh Bachirou Adama, islamologue basé à Mora, «derrière ce qui était dit dans cette horrible radio-là, se trouvaient  des personnages emblématiques de la secte. La preuve : lorsqu’on entend des aberrations du genre «Le califat sera le paradis qu’Allah nous a promis», c’est un choix qui résume bien l’espoir démesuré de Boko Haram : ériger la zone sahélienne en califat». Autour de ce thème, la radio des terroristes nigérians s’était attachée à multiplier les signes d’asservissement et de les afficher en grand écran sonore dans les tympans des populations. En réalité, il s’agissait de vieux repères auxquels les «BH» (abréviation locale de Boko Haram, NDLR) semblaient plus attachés: sous-développement, absence des fils du terroir dans l’appareil d’Etat… «A l’entame de la guerre,  ce schéma a surtout dépouillé les jeunes de leurs rudiments de bon sens» relève le Dr Nafissatou. Tout ceci rappelle ce qui pour beaucoup constituait la réalité insupportable. Les arguments exprimés par les jihadistes sur leur radio ont épousé les formules utilisées naguère par les jeunes. Dans une région de l’Extrême-nord où l’économie souffre  dans certains endroits d'une pénurie de main d'œuvre, dans d'autres d'un excédent des sans-travail, cela avait fait son effet dans un premier temps. En application du jeu de la propagande insidieuse, «radio Boko Haram» avait eu un impact sur la classe née de la fermeture des pistes de contrebandes. Une ou deux fois par semaine, elle encourageait ces gens à aller travailler près du Lac Tchad. «Cela a provoqué un mouvement migratoire généralisé : de nombreux jeunes ont gagné ce maquis et se sont cachés dans les campagnes pour échapper aux forces de police. Certains d'entre eux se sont engagés dans les maquis avec eux, permettant ainsi à Boko Haram de gonfler chaque jour ses effectifs», évalue Adama Kamsoum, le sous-préfet de Kolofata. Trop souvent, affirme la sociologue, «Boko Haram a exploité, via cette radio, et à son avantage, la misère et a fait valoir que le terrorisme reste le seul horizon d’une société qui peine à se définir une ambition collective». Elle ajoute : «Parce que le message radiophonique terroriste est plus qu’autoritaire et brutal, il est séducteur et enjôleur. Dans le contexte de cette guerre qui tend vers sa fin, l’objectif de Boko Haram dans sa manière de faire la radio était  unilatéral : «Imprégner jusqu’à la moelle le peuple de son principe, marteler et polir les esprits jusqu’à ce qu’ils leur soient entièrement acquis. Sur ce plan,  la nature, l’évolution et les contenus des programmes tendaient à armer moralement la population et à l’empêcher de se laisser ébranler par les appels à la résistance de nos forces de défense». Autre idée intéressante qui joue sur la fibre religieuse et morale des habitants : non seulement Boko Haram s’attaquait aux populations civiles, mais il s’efforçait de détruire les fondements de ce qu’il appelait «la fausse religion» en s’attaquant volontairement, par le truchement de sa radio, aux prélats. L’action des terroristes répondrait donc à une stratégie de vengeance contre l’Islam dit modéré. 

Contre Yaoundé, N’Djamena et Abuja

Dans cette zone, chaque coup des forces de sécurité du Cameroun, du Tchad et du Nigéria contre les islamistes était l’occasion de présenter les dirigeants de ces pays comme des lâches et des barbares. Il est clair que spéculant sur la colère et l’indignation des jeunes villageois, BH cherchait par l’exploitation des raids des armées camerounaise, tchadienne et nigériane, à retourner l’opinion contre Paul Biya, Idriss Deby, Goodluck Jonathan et ensuite Mohammadou Buhari. Selon un haut gradé de l’armée camerounaise, «à travers cette radio, les cerveaux de la secte soulignaient sans cesse le contraste entre la tragédie des familles locales et les niveaux de vie de ces présidents». Devant la difficulté de tenir des meetings dans les territoires quadrillés militairement par ces dirigeants, les ondes  étaient mises à contribution. «Ils savaient pertinemment que la radio, c’est le média du direct, dont l’impact est immédiat et fort, et qui laisse plus de place à des formes de réappropriation individuelle du message diffusé. Ils savaient que c’est par la parole qu’une foule se laisse galvaniser. C’est pour cela que lorsqu’ils consacraient leur antenne à ce sujet, ils donnaient le micro à un bon orateur pour ajuster leur discours aux réactions du public», glisse un agent de liaison à Limani. Ici comme ailleurs dans les confins que «radio Boko Haram» a atteints, cette astuce est déjà connue de tous. Heureusement.

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