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Ouami: Quand le poisson rapproche les Africains

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou

Dans les confins de l’Est-Cameroun, aux encablures du barrage de Lom Pangar, la pêche favorise l’arrivée de pêcheurs étrangers.  L’image facilite une autre métaphore, celle d’une localité qui déballe chaque jour le thème de l’intégration des peuples africains.

Ouami, nous y sommes ! La première fois qu’on arrive dans ce bourg, on ne peut que le trouver franchement laid. La vue se limite à un ramassis de maisons en planches collées les unes aux autres, sous des toits en tôles, transpercé par des pistes terreuses.On amorce l’entrée vers le «centre» en pénétrant une nuée de poussière mêlée à l’humidité et au flux humain. Les habitants  n’ont qu’un but, qu’un mot à la bouche et qu’une seule raison de vivre: le poisson. «C’est ce qui dévore de passion tous ceux qui osent poser le pied au cœur de Ouami. Depuis bientôt deux ans, mon village fascine et attire en moyenne cinquante nouvelles personnes toutes les semaines. Aujourd’hui, je dois avoir environ 10 000 sujets», renseigne Raphael Zehagmi, le chef de cette localité située dans les confins des portiques forestiers du Lom-et-Djerem, région de l’Est-Cameroun. Professeur de philosophie à la retraite, le dignitaire traditionnel  évite au reporter un pénible retour vers l’histoire de son village. Tout au plus, il instruit de «porter le regard sur une actualité qui a fini par écrire l’histoire de Ouami».  

A l’en croire, cette actualité est chariée par la construction du barrage de Lom Pangar. Il y va d’ailleurs de son exégèse: «C’est le déclic! Ouami déroule désormais l’image d’une masse d’hommes, de femmes et d’enfants originaires d’au moins une douzaine de pays africains. Ça n’a l’air de rien dit comme ça, mais c’est une sacrée gamberge qui a donné à mon village un aspect de paradis perdu dans un coin d’enfer». avance-t-il d’un timbre empreint de fierté. De là à imaginer que Ouami a l’appariement joyeux, tant l’ambiance tutoie celle des grandes métropoles continentales, tant le contexte renvoie sans ambages en son décor de cabane perdue au cœur d’une sombre forêt.

 

«Extension sémantique»

Prise comme telle, l’image facilite une autre métaphore, celle d’une localité qui déballe chaque jour le thème de l’intégration des peuples du continent africain. Ici, se mélangent en effet Centrafricains, Ghanéens, Tchadiens, Nigérians, Béninois, Togolais, Sénégalais, Soudanais, Congolais, Maliens, Burkinabès et Camerounais. Le cliché donne à voir des personnes intégrées verticalement: mareyeurs (intermédiaires entre les pêcheurs et les exportateurs en gros), fabricants et réparateurs de pirogues, «fumeuses» de poissons, transporteurs et  cambistes se portent mutuellement secours. Ils sont caractérisés par une identité linguistique (le fufuldé) offrant une intercompréhension entre les populations.

«Voilà un précieux melting-pot qui apporte une souplesse inattendue et une couche supplémentaire à l’intégration des peuples», atteste Raphael Zehagmi. Selon lui, son village a crée une nouvelle parodie de lui-même parmi les contrées bordant le trajet Bélabo-Lom Pangar: «Littéralement, Ouami, c’est le village des gorilles. Mais, avec le barrage, ce sens a changé et est désormais chargé d’une signification capable de donner une extension sémantique au nom que nos ancêtres ont donné à ce coin», expose le septuagénaire avant de conclure que «Ouami, c’est maintenant le village de la pêche africaine». 

Au plus près de cette activité se trouvent des jeunes capitalisant une certaine expérience. Ils sont partis de la région du Lac Tchad, où les activités de pêche sont devenues dangereuses du fait des incursions meurtrières de la secte islamiste nigériane Boko Haram, ou encore des abords du barrage de Lagdo, dans la région du Nord, ainsi que des trois autres barrages de retenue du pays que sont Mbakaou, Bamendjin et Mape, où les eaux ne sont plus aussi poissonneuses qu’avant. A la mairie de Bélabo (à 75 km de Ouami), on dispose à ce jour, d’«une base de données d’environ 7 000 pêcheurs étrangers recensés ou qui sont en voie d’obtention des permis de pêche, et plus de 700 embarcations identifiées ou immatriculées.». Dans les projections municipales, le potentiel de pêche de Lom-Pangar, estimé entre 1200 et 1500 tonnes par an, va encore drainer du monde. «D’ici cinq ans nous pourront avoir au moins plus de 20 000 étrangers à cet endroit», prévoit Thierry Mvodjongo, le 1er adjoint au maire de Bélabo.

 

Business

Sur le terrain (ou plutôt sur les eaux), les pêcheurs ouest-africains suivent les bancs de poissons autour des 27 îlots qui sont enregistrés au cœur de la retenue d’eau du barrage. «Les progrès technologiques aidant, les pêcheurs les plus aguerris, Ghanéens et Sénégalais surtout, vont souvent plus loin, car ils maîtrisent la navigation nocturne. Et cela leur permet d’accompagner les bancs de poissons qui migrent, les capturant chemin faisant», renseigne le chef de Ouami. Pour lui, l’essor des marchés d’exportation, conforte les processus migratoires dans la recherche de poissons de haute valeur commerciale. La capture des espèces de faible valeur marchande est peu à peu cédée aux pêcheurs ne disposant que de pirogues rudimentaires et destinées à l’approvisionnement des marchés strictement locaux. «Par exemple, la pêche de la silure pointillée dans le lit du Pangar, s’est intensifiée ces derniers temps sous l’effet de l’attraction exercée par les établissements hôteliers du Gabon et du Congo. Cela induit une présence régulière de nombreux acheteurs gabonais et congolais ici chaque semaine», assure Ibrahim Ndouka, le chef du débarcadère de Ouami.

De là, se dessine le développement des liens économiques et commerciaux entre Ouami et d’autres pays de la sous-région. «Ces liens ont donné naissance à une réalité qui implique désormais les acteurs dans des relations de proximité. Car si vous avez des firmes hôtelières implantées ailleurs d’un côté, et de l’autre, les étrangers venus de tout le continent, alors se structurent progressivement autour de Ouami un véritable réseau économique régional avec des canaux de distribution organisés, définissant alors une nouvelle géographie économique. La fluidité et le volume du marché du poisson d’ici favorisent cette intégration «par le bas», affirme le chef.

 

Harmonie

Sous cet aspect, les nouveaux débouchés à l’exportation agissent comme des catalyseurs  sur la pêche migratrice à même de les satisfaire en débarquant des espèces de forte valeur commerciale. C’est ainsi que depuis peu, les pêcheries et unités de fumage reposent de façon quasi exclusive sur l’approvisionnement par les pêcheurs piroguiers ouest-africains présents ici à Ouami. Au quotidien, les activités de ceux-ci se situent davantage dans les zones traditionnellement fréquentées par les pêcheurs autochtones. «Cela ne pose aucun problème, si même cela entraîneune baisse de leurs captures. Dans les aires de pêche, c’est l’harmonie et la cohabitation pacifique qui règnent tant la fréquence et l’intensité des conflits entre pêcheurs autochtones et étrangers est bien faible», tranche Raphael Zehagmi. L’argument phare étant que la contribution de la pêche migrante au développement économique de Ouami et des contrées voisines est réelle en termes d’emplois.

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