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Ecoles coraniques: parents et élèves sur le banc

Écrit par  Jean-René Meva’a Amougou, envoyé spécial

A l’Extrême-nord du Cameroun,  de nombreux  « moules spirituels » sont hors-la-loi. A côté, d’autres donnent d’elles-mêmes un visage flou. Toutes continuent de bénéficier de l’onction des parents.

A Mora, des anecdotes circulent au sujet de Mah’loum Issa. Octogénaire, grand, carrure athlétique, il est un souvent cité «en exemple». Dans la ville, on connaît  cet homme par ses aventures de jeunesse : il est allé à Kérawa (département du Mayo Sava) et y a combattu. Capturé par des coupeurs de route en 1999, libéré contre rançon, il a levé une troupe, retrouvé les coupeurs de route, récupéré la rançon et pris leur butin. D’habitude aussi, on évoque ses multiples séjours en prison pour cause de contestation de l’autorité publique. D’une culture inouïe, il parle le Kanuri, le Haussa, le Fufuldé, le Pidgin et le Français, récite de mémoire le Coran, écrit ses pensées avec facilité. «C’est pour cela que certains parents d’ici et même d’ailleurs lui confient leurs enfants», souligne‐t‐on partout. A son école coranique située dans une mansarde du marché central de Mora, plusieurs générations sont passées. «Aujourd’hui, je peux compter parmi mes produits, 04 imams et près d’une centaine de muezzins tant au Cameroun qu’au Nigeria», se félicite-t-il. 

Pour entrer dans cette «boîte de formation des esprits», le parcours est sinueux, parfois peuplé de spectres comme une galerie de catacombes, parfois spacieux comme un lieu de recueillement. A l’intérieur, la salle se fait plus sombre, flirte avec la dépression. Des figures grimaçantes abondent, des visages aux orbites creusées vous regardent sans vous voir, des voix d’enfants chuchotent. «Tout cela suscite inquiétude», avance un agent de liaison des renseignements généraux de l’Extrême-nord. Depuis que les soupçons convergent vers les dérapages dans l’orientation de ses enseignements, Mah’loum Issa a vu défiler différents escadrons de renseignements. «A chaque fois, ces gens veulent savoir quel contenus je donne à mes enseignements. Mais si les parents me confient leurs enfants, c’est qu’ils espèrent avoir des gens droits et courageux», confie-t-il. Ce soir, il enseigne sur la douleur. Le cours se concentre sur l’Islam et les philosophies spiritualistes. Selon  Mah’loum Issa, les deux ont toujours donné à la douleur et à la souffrance une certaine valeur, rédemptrice, qui serait le prix à payer, en tortures de soi, peines et afflictions, pour accéder au bonheur. Devant ses élèves, il résume d’une voix autoritaire: «la douleur rend grand !»

 

Regards

S’il est un domaine sur lequel les pouvoirs publics sont particulièrement pointilleux depuis que Boko Haram sévit dans cette partie du pays, c’est bien celui des écoles coraniques. «Ici à l’Extrême-nord, les débats naissent entre ceux qui considèrent qu’une présence renforcée de la culture religieuse est bonne en ces moments de terrorisme. A côté, il y a ceux qui militent pour que le fait religieux devienne une discipline à part entière et dispensée à domicile donc sans contrôle sur les contenus», confie Jean Makassia, le délégué départemental de l’Education de base du Diamaré. Reste qu’au quotidien, même s’il est particulièrement difficile de dire leur nombre, deux types d’écoles coraniques existent dans la région. 

 

École coranique traditionnelle

«C’est le premier cadre d’éducation islamique. Elle accueille les enfants entre l'âge de 3 et 7 ans ; ils commencent à apprendre le Coran ainsi que les devoirs de base dont doit s'acquitter tout musulman», détaille un fonctionnaire du Minedub à Maroua. Ici, pas de cycle au sens où on l'entend à l’école de type occidental. «Lorsque l'enfant mémorise les 114 sourates du Saint Coran, il marque une étape. A partir de ce stade, l'élève doit s’engager, s'il en a les aptitudes nécessaires à l'étude des commentaires du Saint Coran. C’est le second cycle de formation. Il se caractérise par la relative autonomie de l'élève; mais le respect, la courtoisie et la disponibilité caractérisent les relations entre l'élève et son maître», apprend-on dans l’entourage de l’imam de Djourtoungo (Maroua II). La particularité de cette école se fonde sur la confiance, la patience et la durée. 

 

École arabe 

Souvent appelée école coranique améliorée, son offre de programme comprend l’enseignement du Saint Coran, la langue et la littérature arabes et les sciences islamiques. «L’objectif premier de la création des écoles islamiques  est de pérenniser la religion afin que les filles et les garçons puissent connaître l’Islam, mémoriser le Coran et aient une bonne éducation sociale». Dans plusieurs localités de l’Extrême-nord, il ressort que les enfants sont envoyés à l’école islamique pour connaitre les règles et assimiler les principes de l’Islam, comprendre et savoir écrire la langue arabe qui est la langue de l’Islam. Pour certaines personnes, comprendre l’arabe est une porte d’entrée dans les grandes associations islamiques des pays du Golfe (Koweït, Arabie Saoudite, Tunisie, Egypte, etc).

 

Contenu

Pour l’essentiel, le devenir professionnel n’est pas la première préoccupation des parents qui envoient leurs enfants dans les écoles islamiques mais plutôt leur devenir spirituel, éthique et social. A Djougou par exemple, la connaissance de la religion par un enfant est un prestige, un honneur pour sa famille. Lorsqu’un enfant postule et occupe la première place à l’issue d’une compétition de mémorisation du Saint Coran, il est honoré par ses pairs et les membres de sa famille. Chez les Kanuri de Fotokol, l’enfant qui n’assure pas la propagation de la religion, n’est pas digne de ses parents et est parfois rejeté.

Le contenu des programmes est orienté en conséquence. Il est essentiellement limité à l'éducation sociale, l'apprentissage des différentes étapes de la prière musulmane, la lecture et l'écriture de la langue arabe, la lecture du Coran, la morale, la mémorisation du Coran et aux cours d'histoire, de géographie, et de civilisation des pays du Golfe (surtout les pays où les formateurs ont été formés). «L’école coranique constitue, en même temps, un véhicule pour apprendre certaines valeurs telles que l’obéissance, le respect, la soumission, le sens de la hiérarchie sociale», brandit fièrement un parent à Afadé. En creusant un peu, on découvre que dans leur grande majorité, les parents se félicitent des contenus des programmes. «Même si ces derniers ne préparent pas à un métier mais à être un bon croyant, en utilisant toutes les techniques d’inculcation visant la domestication du corps et de l’esprit», entend-on dans certains ménages. Selon certains acteurs de ces écoles, c’est par là que l’apprenant peut expérimenter ces valeurs morales et sociales où il apprend la pitié, la solidarité et l’entraide. «L’enfant doit aller à l’école islamique pour assurer la propagation de la religion, pérenniser la religion comme ses grands-parents. Il acquiert l’honnêteté, la sagesse, le respect, le savoir-vivre dans la société, la capacité de promouvoir l’Islam. Il doit être correct, juste, respectueux et pouvoir se prendre en charge dans la vie s’il reçoit et applique la formation selon les règles de l’Islam», appuie un autre parent à Kidjimatari. Ainsi, sur le plan moral, les écoles islamiques permettent aux enfants d’avoir un équilibre mental, gage d’honnêteté et de probité compte tenu des prescriptions du Coran et ceci doit indubitablement avoir pour corollaire, une réussite sur le plan social étant donné la rigueur de cette forme d’enseignement.

Jean-René Meva’a Amougou, envoyé spécial

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