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Les voies de la transformation structurelle en Afrique

Écrit par  Antonio M.A. Pedro

Depuis que le cours des matières premières a commencé à chuter (et il a vraiment dégringolé!) et que l’économie chinoise s’est mise à ralentir, en partie à cause de son rééquilibrage vers une économie plus axée sur la consommation et sa baisse d’appétit pour les ressources naturelles, de nombreux experts pensent que le réveil de la croissance de l’Afrique serait compromis et l’année 2015 a marqué le début de la fin de ce qu’on a appelé « le boom de l’Afrique tiré par la Chine ».

En effet, les cours du pétrole, du gaz, des minéraux solides et autres matières premières plongent, causant ainsi de terribles ravages dans de nombreux pays africains, en particulier les pays exportateurs de pétrole.

A court et à moyen terme, ces vents contraires extérieurs affecteront négativement les perspectives de croissance économique du continent, plus précisément dans les pays qui dépendent de l’exploitation des matières premières. Cette situation a révélé les limites d’un modèle de développement fondé sur les industries « d’extraction » et tributaire du cours élevé des matières premières. Les fluctuations du cours des matières premières ont exposé nos pays aux chocs exogènes, entrainant une instabilité macroéconomique, que la majorité d’entre nous a du mal à maitriser car, nous ne sommes pas suffisamment outillés.

Certes, nous devons tirer des leçons de ce qui se passe! Certes, la situation actuelle devrait nous montrer clairement à tous que nos économies doivent être transformées structurellement afin de réduire notre dépendance aux matières premières et notre exposition aux vulnérabilités et incertitudes y afférent.

En définitive, le succès économique de nos pays dépendra du développement de nos capacités de production qui exige de s’inspirer et dépasser leurs avantages comparatifs, puisque ces derniers favorisent l’exportation des matières premières et la production de biens qui nécessitent de faibles capacités. Sans la transformation structurelle, par le biais de l’industrialisation, il sera difficile à l’Afrique de maintenir sa croissance et créer des emplois, en particulier maintenant que les cours des matières premières s’effondrent. 

Il est par conséquent évident que l’industrialisation de l’Afrique se fait attendre depuis trop longtemps. Tout en reconnaissant que les voies de la transformation structurelle ne sont pas linéaires, la logique de la politique industrielle est impérative au plus haut point. En l’absence d’une stratégie délibérée de promotion du développement industriel, les pays Africains vont se retrouver dans une situation perpétuelle de faibles capacités de production. 

En outre, pour créer le type de croissance qui favorise la prospérité pour tous, tout en exploitant au mieux nos ressources naturelles grâce à l’industrialisation fondée sur les ressources, nous devons diversifier notre base économique et nous assurer de capitaliser sur des facteurs structurels qui devraient favoriser plus durablement la croissance de l’Afrique. Il s’agit notamment de la croissance démographique, l’augmentation de la population jeune, une classe moyenne émergente avec un pouvoir d’achat grandissant, une urbanisation rapide, le développement des infrastructures ainsi que l’expansion du commerce intra-africain. 

Tout ce qui précède exige un secteur agricole moderne, des secteurs des services concurrentiels à l’échelle mondiale, l’expansion de notre base manufacturière, qui est essentielle pour l’agenda de l’emploi, un renforcement significatif de nos capacités de production dans tous les secteurs, des investissements dans notre capital humain, ainsi que des institutions fortes et opérationnelles.

La question qu’il convient de se poser est de savoir quels facteurs fondamentaux nous permettrons de parvenir à l’Afrique que nous voulons, quel type de changement doit s’opérer pour que nous soyons capables de créer « une Afrique intégrée, prospère, et pacifique, dirigée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique sur la scène mondiale »? Une Afrique qui ne sera plus jamais une spectatrice passive dans un monde en constante évolution! Un continent où nous exploitons pleinement l’énergie créatrice et le potentiel de tous nos citoyens, au centre et dans la périphérie, dans le secteur formel et informel, en zone urbaine ou en zone rurale.

A mon avis, les institutions sont la clé du changement transformationnel afin de créer une Afrique solidaire, résiliente, compétitive et transformée. Puisque nous parlons des institutions, il ne s’agit pas uniquement des structures organisationnelles, mais des règles formelles (constitutions, lois, droits de propriété, etc) et des normes informelles, des coutumes, croyances, traditions, pratiques et codes de conduite qui régissent les interactions politiques, sociales et économiques, façonnent les comportements, conditionnent les attentes de la société, structurent l’élaboration et le contenu des décisions et déterminent les résultats du développement. En d’autres termes, les moteurs pour une action collective! Aussi, insisterais-je sur les institutions pour parvenir à la transformation structurelle et la promotion de la cohésion sociale.

Ha-Joon Chang, dans son livre fort intéressant intitulé «Kicking Away the Ladder», suggère que nous devons nous affranchir de l’approche basée sur un « plan directeur » et mettre en place des institutions novatrices, des processus efficaces et des mécanismes flexibles pour que réussissent les  politiques industrielles. Nous partageons ce point de vue au sein de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA). En fait, nous sommes carrément catégoriques là-dessus et insistons sur la nécessité d’un changement de paradigme en Afrique. Nous plaidons pour un état développementiste. Nous recommandons le retour à la planification du développement.

Dans notre nouveau document de politique intitulé « Politique industrielle transformatrice pour l’Afrique » (PITA) nous déclarons que le succès de la politique industrielle nécessite un gouvernement doté d’une « autonomie intégrée ». Donc, un gouvernement qui est centré sur la société mais qui est également capable d’élaborer un plan de développement et de l’appliquer.

Depuis longtemps, plusieurs chercheurs ont indiqué que des facteurs méta-structurels étaient responsables de la tragédie de la croissance en Afrique, soulignant que le climat tropical, l'enclavement, les aléas météorologiques et autres risques environnementaux ou l'histoire du colonialisme avaient entravé le développement durable du continent.

Depuis, ces problèmes méta-structurels ont été surmontés dans de nombreux pays africains. Par exemple, malgré l'enclavement, l'Éthiopie et le Rwanda connaissent une croissance et un développement rapides depuis plus de dix ans. Il est à noter qu'aucun de ces pays n'est classé comme une économie riche en ressources. Au contraire, le secteur manufacturier, la consommation et les services, le développement des infrastructures et l'urbanisation rapide constituent les principaux moteurs de la croissance. Cet état de choses démontre que nous sommes capables de prendre en main notre développement, même en l’absence de vastes ressources minières.

Toutefois, malgré les importants progrès réalisés, il nous reste encore de sérieux défis à relever en matière de développement. Le modèle de croissance actuel laisse encore de grands pans de la population dans la pauvreté et en situation de vulnérabilité, en particulier en zone rurale et dans les zones périphériques des centres urbains. Dans de nombreux pays du continent, les inégalités en termes de revenus ont augmenté. Les inégalités persistantes ont des conséquences économiques, sociales et politiques, notamment une détérioration de la cohésion sociale et une plus grande probabilité d’apparition de conflits et de violences.

Aujourd'hui, l'Afrique a besoin d'une croissance inclusive qui ne laisse à la traine aucune classe sociale, aucun groupe d’âge ou de genre. Il ne faut pas rechercher la croissance économique au détriment de l'égalité entre les genres, de la qualité de l'éducation et de l'offre de santé, ou de la cohésion sociale. Nous aspirons à une bonne gouvernance et à une démocratie centrée sur les citoyens. Nous voulons un développement dirigé par le peuple. Nous avons besoin de sociétés solidaires, qui «travaillent pour le bien-être de tous leurs membres, luttent contre l'exclusion et la marginalisation, créent un sentiment d'appartenance, favorisent la confiance et offrent à tous la possibilité d'une ascension sociale».

En outre, il est important de relever que le changement que nous visons au niveau du continent ne saurait être atteint par les gouvernements seuls, ni par les grandes multinationales. Au contraire, transformer nos sociétés exigera des visions largement partagées où les voix de toutes les parties prenantes seront entendues et prises en compte. Il sera indispensable d'exploiter le potentiel de nos citoyens et de créer des opportunités pour les jeunes générations, ce qui permettra de créer un capital social renouvelé pour le changement, l'activité partagée, l'initiative et le leadership collectif, à tous les niveaux! Nous devons façonner le présent et construire l'avenir ensemble, un pacte pour la croissance et la prospérité pour tous!

Pour ce faire, il faudrait des voies de développement fondées sur un modèle de réseau, où les dirigeants et les citoyens, les gouvernés et les gouvernants coexistent en symbiose dans un écosystème toujours dynamique. Pour paraphraser Manuel Castells, «Dans une société en réseau, l'État n'est plus un Etat-nation ... c'est un Etat en réseau, où le pouvoir est partagé et négocié entre plusieurs acteurs sociaux, aux niveaux local, national, international et autres. Les institutions politiques deviennent ainsi des agences de négociation plutôt que des lieux de pouvoir ». Il poursuit en disant que « Le pouvoir ne disparaît cependant pas. Il réside dans les relations en réseau et les codes culturels à travers lesquels les personnes et les institutions communiquent».

Il est impérieux de reconnaître la nécessité d'une appropriation personnelle et collective ainsi que d'une prise de décision concertée. Il faut donc créer un espace politique de pensée transformatrice et des plateformes pour une participation efficace et créative de multiples parties prenantes dans la prise de décisions, la formulation et la mise en œuvre des politiques. Ces espaces doivent tenir compte des réponses locales et contextuelles dans la résolution des problèmes, ce qui améliorerait surement le service public.

Enfin, pour améliorer notre capacité de mise en œuvre, nous devons certainement renforcer la cohésion des politiques, la cohésion institutionnelle et la coordination interministérielle, un objectif irréalisable dans de nombreuses juridictions du continent. 

Malgré l'émergence d'un consensus sur les macroéléments permettant d’accélérer la transformation structurelle dans la région et le rôle des institutions y relatives, la définition de ce qu’est la transformation structurelle, ni les voies pour y parvenir ne sont pas encore tout à fait claires pour tout le monde. Ceci est d’autant plus vrai que la somme des connaissances sur les voies de la transformation structurelle est limitée et éparse. Il n’existe pas suffisamment d'études de cas et d'expériences comparatives sur la  transformation structurelle qui, de tous temps, est spécifique aux pays africains en développement. Par exemple, plusieurs universitaires soutiennent que les succès enregistrés par les pays d'Asie de l'Est dans les années 70 et 80 ne sont pas particulièrement pertinents pour les pays africains en développement compte tenu de l'environnement changeant alimenté par la mondialisation et les régimes commerciaux internationaux. Ils relèvent que, contrairement aux années 70 et 80, l'espace politique pour poursuivre la politique industrielle s’est rétréci. À ce titre, ils soutiennent que sans des expériences solides ayant une pertinence historique, il devient plus difficile pour les pays en développement de promouvoir la transformation structurelle économique et mettre en œuvre des politiques industrielles au XXIe siècle.

L'examen approfondi des expériences nationales et sectorielles présenté dans notre «Politique industrielle transformatrice pour l'Afrique» suggère qu'il existe de nombreuses pistes pour la réussite bien qu'aucun modèle universel ne soit disponible. Chaque pays devra donc concevoir sa propre voie adaptée à son contexte.

En raison des défis identifiés plus haut, il est important d'approfondir le débat sur la transformation structurelle et d'élargir les connaissances sur les pistes pour y parvenir. Nous, à la CEA, nous déclarons prêts à soutenir cet effort.

Antonio M.A. Pedro est le Directeur du Bureau Sous- Régional pour l’Afrique centrale de la Commission Economique des Nations Unies pour l’Afrique. 

 

Dans le cadre du présent article, la transformation structurelle est définie comme une réaffectation non-linéaire de l’activité économique et des ressources des secteurs à faible rendement (généralement l’agriculture) et à forte productivité (les industries et les services) et/ou l’amélioration de la productivité dans un secteur. Ceci implique une baisse relative des activités agricoles à faible rendement et des activités extractives à faible valeur ajoutée et une légère augmentation dans le secteur manufacturier et des services à forte productivité.

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